La vaquita observe un verre d’eau dans une cuisine, avec un champ, une rivière et une station de traitement en arrière-plan.
Illustration pédagogique : elle ne représente ni un site réel ni une analyse de la qualité de l’eau.Crédit : LesPreuves · Illustration générée avec une IA

Pollution de l'eau : le long voyage d'une goutte, du champ jusqu'à notre verre

8 min de lecture

Imaginons un soir de mars : une averse tombe sur un champ de blé de la Beauce. Une goutte de pluie s'infiltre dans la terre fraîchement fertilisée et emporte avec elle quelques molécules d'engrais. Elle descend lentement, de couche en couche, jusqu'à une nappe souterraine. Là, elle voyage parfois à peine quelques mètres par an. Des années plus tard, elle est pompée dans un captage, traitée, envoyée dans un réseau, et finit dans un verre posé sur une table de cuisine. Cette goutte n'a rien d'exceptionnel. Son histoire résume pourtant celle de la pollution de l'eau : une pollution souvent invisible, lente, et qui garde la mémoire de nos activités. Ce guide suit ce voyage, de la pluie à la mer en passant par le robinet, pour comprendre d'où vient la pollution de l'eau, ce qu'elle provoque et comment la réduire. Il complète notre grand dossier sur la pollution sous toutes ses formes.

Première étape : la pluie emporte ce que nous laissons

L'eau est un formidable solvant : elle dissout, transporte et disperse de nombreuses substances. C'est ce qui la rend si précieuse pour la vie, et si vulnérable à la pollution.

Sur les champs, elle emporte les surplus d'engrais et de pesticides. En ville, un orage lessive les routes et entraîne huiles, métaux et déchets vers les rivières. Dans nos maisons, elle part avec les résidus de médicaments, les détergents et les cosmétiques. Dans les usines, elle peut recevoir des métaux, des solvants ou des PFAS. Selon la Commission européenne, citée par la Banque des Territoires, les pesticides et leurs métabolites, les nitrates, l'ammonium, deux solvants chlorés et le phosphate sont les principaux polluants qui empêchent les nappes françaises d'atteindre le bon état chimique.

Deux grandes familles de pollution se distinguent. La pollution ponctuelle sort d'un tuyau identifiable, comme la sortie d'une usine. La pollution diffuse vient de milliers de champs et de rues à la fois : c'est la plus difficile à réduire.

Deuxième étape : la rivière, un organisme vivant qui a ses limites

Une rivière n'est pas un simple tuyau. Ses bactéries, ses algues et ses invertébrés digèrent une partie de ce qu'on y rejette. Mais cette capacité a des limites, et certaines substances, comme les métaux ou les PFAS, ne se digèrent pas du tout.

En 2022, 44 % des masses d'eau de surface françaises étaient en bon ou très bon état écologique, contre 41 % en 2010, selon le ministère de la Transition écologique. Une nuance compte : selon la mission d'information de l'Assemblée nationale sur l'état des cours d'eau, le principal obstacle au bon état écologique est l'altération physique des rivières : barrages, berges bétonnées, cours rectifiés. Les pollutions diffuses restent toutefois un facteur majeur. Tout ce que subissent les rivières, les lacs et les nappes phréatiques se lit dans ces chiffres.

Pour savoir où en est la rivière la plus proche de chez vous, il existe une carte officielle de la qualité des eaux en France, consultable sur smartphone.

Troisième étape : la nappe, une mémoire de plusieurs décennies

Sous nos pieds, les nappes souterraines fournissent une grande partie de notre eau potable. Dans certains aquifères, l'eau circule très lentement et garde longtemps la trace des pollutions ; dans d'autres, notamment karstiques, les transferts sont beaucoup plus rapides. En 2021, 68 % des nappes françaises étaient en bon état chimique, selon la Commission européenne.

Quand un engrais ou un pesticide y arrive, il peut y rester des décennies. C'est ce qui explique que l'on retrouve aujourd'hui des produits de dégradation d'herbicides interdits depuis longtemps. Le parcours des nitrates et des pesticides jusqu'à l'eau du robinet peut durer plus de vingt ans.

Quatrième étape : l'usine d'eau potable et le robinet

Avant d'arriver chez vous, l'eau est captée, traitée si nécessaire, puis régulièrement contrôlée. En 2023, 16,97 millions de personnes, soit 25,3 % de la population desservie pour laquelle les données étaient disponibles, ont pourtant reçu au moins une fois une eau non conforme pour les pesticides, contre 10,3 millions en 2022, selon les chiffres de la direction générale de la Santé repris dans une proposition de loi à l'Assemblée nationale. La recherche de nouvelles molécules, qui n'étaient pas analysées auparavant, contribue à cette hausse sans permettre, à elle seule, de mesurer l'évolution de la contamination.

Un dépassement ne signifie pas automatiquement qu'il faut arrêter de boire l'eau : les limites pour les pesticides sont des seuils de précaution, et l'agence régionale de santé évalue chaque situation. Chacun peut vérifier la qualité de l'eau du robinet de sa commune en quelques clics. Et si l'on hésite, la comparaison entre eau en bouteille et eau du robinet réserve quelques surprises.

Les invités indésirables de 2026

Les PFAS. Surnommés « polluants éternels », ces composés fluorés ne se dégradent presque pas. Depuis le 1er janvier 2026, 20 d'entre eux sont recherchés dans le contrôle sanitaire, avec une limite de 0,1 µg/L pour leur somme. Lors de la campagne nationale de l'Anses, le TFA, le plus petit d'entre eux, a été quantifié dans environ 92 % des prélèvements. Il ne fait pas partie de la somme réglementaire des 20 PFAS. Cette campagne exploratoire ciblait notamment des sites susceptibles d'être contaminés : ce pourcentage ne représente pas tous les robinets français. Leur histoire est celle des PFAS et du TFA dans l'eau potable.

Les résidus de médicaments. Antiépileptiques, anxiolytiques, anti-inflammatoires : une partie de ce que nous avalons finit dans les eaux usées. Ce que deviennent les médicaments dans l'eau est encore mal connu.

Les microplastiques. On en trouve dans les rivières, la mer et l'eau potable, mais leurs effets sur la santé restent incertains, comme le montre l'état des connaissances sur les microplastiques dans l'eau.

Dernière étape : la mer, en aval des fleuves

Portées par les fleuves, une partie des pollutions terrestres atteint la mer. En 2022, 47 % des masses d'eau littorales françaises étaient en bon ou très bon état écologique. Les nitrates nourrissent les proliférations d'algues, un mécanisme appelé eutrophisation, à l'origine des algues vertes. Les plastiques s'accumulent au large, au point que certains se demandent s'il est possible de dépolluer les océans.

Et notre santé dans tout ça ?

Dans le monde, l'eau contaminée par des microbes reste une cause majeure de maladies. En France, où l'eau est très contrôlée, les questions portent surtout sur des expositions chroniques à faible dose. Tout dépend de la substance, de la concentration et des personnes exposées. Pour distinguer les risques démontrés des simples craintes, il faut comprendre ce qu'implique une eau contaminée pour la santé.

Comment rendre à l'eau sa pureté ?

Deux stratégies se complètent. La première consiste à traiter : stations d'épuration pour nos eaux usées, usines d'eau potable pour l'eau que nous buvons. Le fonctionnement de la dépollution de l'eau, du captage à la station d'épuration, est une prouesse souvent méconnue. La directive européenne révisée sur les eaux urbaines résiduaires, adoptée en novembre 2024, impose d'ailleurs progressivement un traitement des micropolluants dans les grandes stations.

La seconde consiste à prévenir : protéger les captages, réduire les engrais et les pesticides, faire payer les pollueurs. Selon le ministère de la Transition écologique, la loi du 27 février 2025 a ainsi créé une redevance de 100 euros par 100 grammes de PFAS rejetés dans l'eau par certaines installations industrielles soumises à autorisation, entrée en vigueur le 1er septembre 2026. Elle s'applique au-delà du seuil de 100 grammes de rejets annuels.

La goutte, vingt ans plus tard

Revenons à notre goutte de pluie tombée sur un champ de Beauce. Ce qu'elle a emporté ce soir-là, quelqu'un le boira peut-être dans vingt ans. C'est toute la singularité de la pollution de l'eau : les décisions d'aujourd'hui se lisent dans les nappes de demain. Reste à savoir quelle eau nous voulons léguer à ceux qui ouvriront leur robinet dans une génération.

Dans le même dossier

Sources et références

Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.

Signaler une erreur

À lire aussi

Tous les articles

Vous choisissez si LesPreuves peut utiliser Google Analytics. Refuser la mesure d’audience ne limite pas l’accès aux articles.

En savoir plus sur la mesure d’audience