La vaquita examine un échantillon d’eau au laboratoire, près d’un microscope et d’un robinet.
Illustration pédagogique, sans représentation d’une mesure ou d’un site réel.Crédit : LesPreuves · Illustration générée avec une IA

Eau contaminée : quels sont les risques réels pour la santé ?

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Imaginons deux scènes, le même jour, à des milliers de kilomètres l'une de l'autre. Dans un village sans réseau d'assainissement, une mère donne à boire à son enfant l'eau d'un puits souillé par des matières fécales. Quelques jours plus tard, l'enfant souffre d'une diarrhée sévère. En France, au même moment, une famille lit dans le journal que l'eau de sa commune « dépasse la norme » pour un pesticide, et se demande si elle doit arrêter de la boire. Dans les deux cas, on parle d'eau contaminée. Mais les risques n'ont rien de comparable. Apprendre à les distinguer, c'est tout l'objet de ce qui suit, au cœur de la pollution de l'eau.

Première scène : les microbes, un danger immédiat

Le premier danger d'une eau contaminée est microbiologique : bactéries, virus et parasites, souvent issus de matières fécales. Leurs effets sont rapides : gastro-entérites, diarrhées, et là où l'assainissement manque, des maladies graves comme le choléra, la dysenterie ou la typhoïde.

Selon la fiche de l'Organisation mondiale de la santé publiée le 13 septembre 2023, OMS: en 2022, au moins 1,7 milliard de personnes utilisaient une source d'eau de boisson contaminée par des matières fécales. L'OMS estime à environ 505 000 les décès par diarrhée causés chaque année par une eau de boisson contaminée. Une présentation antérieure de l'Office international de l'eau, fondée sur les données de l'OMS de 2019, retient un chiffre du même ordre, environ 485 000 décès. Les estimations varient selon les années et les méthodes, mais l'ordre de grandeur reste le même. C'est la forme la plus meurtrière de la pollution de l'eau, et elle frappe d'abord les pays les plus pauvres.

Seconde scène : les produits chimiques, une question de long terme

En France, la situation est différente. L'eau du robinet est désinfectée et contrôlée en permanence, ce qui limite fortement le risque microbiologique. Les questions portent surtout sur des substances chimiques présentes à très faible dose : nitrates, pesticides, PFAS, résidus de médicaments.

L'enjeu est généralement moins une intoxication immédiate qu'une exposition répétée, pendant des années, avec d'éventuels effets à long terme. C'est une question beaucoup plus difficile à trancher.

C'est la dose qui compte

Une même substance peut être inoffensive à faible dose et dangereuse à forte dose. Pour évaluer un risque, les scientifiques se posent quatre questions : quelle substance ? À quelle concentration ? Pendant combien de temps ? Et chez qui ?

Ce dernier point change tout. Un nourrisson, une femme enceinte ou une personne malade ne réagissent pas comme un adulte en bonne santé. C'est pour eux que certaines normes sont fixées. La limite de 50 mg/L de nitrates protège avant tout les nourrissons, chez qui les nitrates peuvent perturber le transport de l'oxygène dans le sang : au-delà, les autorités recommandent aux femmes enceintes et aux nourrissons de ne pas boire l'eau du robinet, comme l'a rappelé, à partir d'un contrôle de l'ARS, l'agglomération Seine-Eure en 2024. Tout le parcours de ces substances est celui des nitrates et des pesticides dans l'eau.

Détecter, ce n'est pas démontrer un danger

Revenons à notre famille française. Les laboratoires savent aujourd'hui mesurer des quantités infimes, de l'ordre du milliardième de gramme par litre. Plus les instruments progressent, plus on détecte de substances. C'est une excellente nouvelle pour la surveillance, mais cela peut donner l'impression que l'eau se dégrade, alors qu'on la mesure mieux.

L'exemple des pesticides est parlant. En 2023, 16,97 millions de personnes ont reçu au moins une fois une eau non conforme pour les pesticides, contre 10,3 millions en 2022, selon les données de la direction générale de la Santé reprises dans une proposition de loi. La recherche de nouvelles molécules contribue à cette hausse. Et la limite de 0,1 µg/L pour la plupart des pesticides est un seuil de précaution, pas un seuil de toxicité : un dépassement déclenche une évaluation sanitaire, pas forcément une interdiction de boire. La meilleure façon d'y voir clair reste de vérifier la qualité de l'eau du robinet de sa commune.

Association ou causalité ?

Beaucoup d'études observent une association : les personnes plus exposées sont plus souvent malades. Mais cela ne prouve pas que l'exposition cause la maladie. D'autres facteurs peuvent jouer, comme l'alimentation, le lieu de vie ou le tabac.

Pour établir un lien de cause à effet, les scientifiques croisent plusieurs types de preuves : études sur les populations, expériences sur l'animal, mécanismes biologiques. C'est ce qu'a fait le Centre international de recherche sur le cancer en 2023 pour classer le PFOA « cancérogène pour l'homme », sur la base d'indications suffisantes chez l'animal et d'indications mécanistiques fortes, les indications chez l'homme restant limitées. Pour d'autres PFAS, les données restent insuffisantes, comme le rappelle l'histoire des PFAS et du TFA dans l'eau potable.

Même prudence pour les microplastiques : leur présence dans l'organisme a été associée à diverses pathologies, sans que l'on puisse prouver aujourd'hui un rapport de cause à effet. L'état des connaissances sur les microplastiques dans l'eau en témoigne.

L'effet cocktail, l'angle mort

Dans la vraie vie, personne n'est exposé à une seule substance, mais à des mélanges. Or les normes sont fixées, pour l'essentiel, molécule par molécule. Les effets combinés de plusieurs substances à faible dose restent mal connus et font l'objet de recherches. C'est une limite reconnue de l'évaluation actuelle, qui justifie une approche de précaution, notamment pour les résidus de médicaments dans l'eau.

L'eau ne se boit pas seulement

On peut aussi être exposé en se baignant dans une eau contaminée, ce qui peut provoquer des troubles digestifs ou cutanés. Les proliférations de cyanobactéries dans certains lacs produisent des toxines. Et les algues vertes en décomposition libèrent un gaz très toxique, le sulfure d'hydrogène, comme le raconte l'histoire de l'eutrophisation et des algues vertes.

Que faire, concrètement ?

  • consulter la conclusion sanitaire de l'agence régionale de santé pour votre commune ;
  • suivre les recommandations officielles en cas de dépassement, surtout pour les nourrissons et les femmes enceintes ;
  • respecter les interdictions de baignade et les fermetures de plages ;
  • demander conseil à votre médecin pour toute question personnelle : cet article décrit des risques à l'échelle d'une population et ne remplace pas un avis médical.

Deux scènes, deux réalités

Revenons à nos deux scènes. Dans le village, le risque est immédiat et peut être mortel. En France, il est lent, incertain, parfois simplement potentiel. Mettre les deux sur le même plan serait injuste pour les centaines de milliers de personnes qui meurent chaque année faute d'eau saine, et trompeur pour ceux qui s'inquiètent d'une détection. Savoir faire la différence, c'est se donner les moyens de réagir au bon niveau. La prochaine fois que vous lirez « détecté dans l'eau », penserez-vous à demander : à quelle dose, et pour qui ?

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Sources et références

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