La vaquita observe un échantillon d’eau au microscope, près d’une bouteille en plastique usée.
Illustration pédagogique d’une analyse de l’eau, sans résultat de mesure réel.Crédit : LesPreuves · Illustration générée avec une IA

Microplastiques dans l'eau : ce que la science sait, et ce qu'elle ignore encore

6 min de lecture

Une bouteille en plastique roule sur une plage, poussée par le vent. Pendant des mois, le soleil la rend cassante et les vagues la frottent contre le sable. Elle ne disparaît pas : elle se fend, puis se brise en morceaux, puis en fragments de plus en plus petits. Un jour, ses morceaux deviennent invisibles à l'œil nu. Ils sont toujours là, simplement trop petits pour être vus. Ces fragments, les microplastiques, se retrouvent aujourd'hui dans les rivières, les océans, et jusque dans l'eau que nous buvons. Une question obsède le public : sont-ils dangereux pour nous ? La réponse honnête est plus nuancée qu'un titre de journal. Un sujet qui touche au cœur de la pollution de l'eau.

La bouteille qui se brise à l'infini

On appelle microplastiques les particules de plastique de moins de 5 millimètres. En dessous du micromètre, on parle généralement de nanoplastiques, même si les conventions de taille varient selon les travaux. Ils ont deux origines.

Les microplastiques primaires sont fabriqués à cette taille : microbilles de certains cosmétiques, aujourd'hui interdites dans de nombreux produits, ou granulés industriels servant à fabriquer les objets. Les microplastiques secondaires sont les descendants de notre bouteille : ils naissent de la dégradation d'objets plus grands, mais aussi des fibres de nos vêtements synthétiques libérées au lavage et des particules arrachées aux pneus sur la route.

Un flux de millions de tonnes

Pour mesurer l'ampleur du phénomène, il faut changer d'échelle. Selon l'OCDE, 22 millions de tonnes de plastiques ont été rejetées dans l'environnement dans le monde en 2019. Environ 6,1 millions de tonnes ont rejoint les milieux aquatiques, principalement à cause d'une mauvaise gestion des déchets.

La majorité de ces rejets sont des déchets visibles, qui se fragmentent ensuite lentement. D'après les données de l'OCDE, l'abrasion et les pertes de microplastiques représentent environ 12 % des rejets totaux en 2019. Leur volume devrait augmenter d’ici 2060 dans le scénario de référence. Le trajet de ces déchets jusqu'au large pose la question de savoir s'il est possible de dépolluer les océans.

Jusque dans notre verre

Rivières, lacs, océans, sédiments : les microplastiques sont partout. Et aussi dans l'eau potable, qu'elle vienne du robinet ou d'une bouteille.

Une étude française portant sur dix eaux en bouteille et une eau du robinet de Toulouse a mesuré des concentrations très variables d'un échantillon à l'autre, selon les chercheurs dans PLOS Water en janvier 2025. La plupart des particules mesuraient moins de 20 micromètres. Surprise : les plastiques retrouvés ne correspondaient généralement pas à celui de la bouteille, ce qui laisse penser que d'autres étapes, comme le traitement ou le conditionnement, sont en cause. Une donnée à garder en tête quand on compare eau en bouteille et eau du robinet.

Un problème complique ces comparaisons : les études n’utilisent pas toutes les mêmes méthodes. L’Union européenne a adopté en 2024 une méthode harmonisée pour l’eau potable, qui compte les particules de 20 micromètres à 5 millimètres et les fibres de 20 micromètres à 15 millimètres. Les particules plus petites lui échappent. Selon la taille minimale comptée et la technique utilisée, les résultats peuvent varier énormément.

La grande question : sont-ils dangereux pour nous ?

En août 2019, l'Organisation mondiale de la santé a publié son premier rapport sur les microplastiques dans l'eau de boisson. Sa conclusion, rapportée par l’OMS : aux niveaux mesurés, le risque pour la santé semblait faible.

L'OMS examinait trois pistes. Le risque physique, lié à la particule elle-même. Le risque chimique, lié aux additifs et aux polluants qu'elle transporte. Le risque biologique, lié aux micro-organismes accrochés à sa surface. Selon la synthèse détaillée par l’OMS, les particules de plus de 150 micromètres ne semblent pas absorbées par l'intestin, et l'absorption des plus petites devrait être limitée. Le devenir des nanoparticules restait en revanche mal connu.

L'OMS insistait aussi sur ses propres limites : peu d'études fiables, des méthodes difficiles à comparer, et un appel à la recherche. Depuis, des microplastiques ont été détectés dans divers tissus humains, et leur présence a été associée à certaines pathologies. Mais une association statistique ne prouve pas une relation de cause à effet. Toute la difficulté d'évaluer une eau contaminée et ses effets sur la santé se retrouve ici.

Pour la faune, des dommages documentés

Si l'incertitude domine pour l'être humain, les dégâts sur la vie aquatique sont mieux documentés. Des animaux marins avalent des fragments de plastique ou s’emmêlent dans des filets abandonnés : ces dommages concernent aussi les gros déchets. Les microplastiques, eux, entrent dans la chaîne alimentaire, jusqu'aux poissons et aux coquillages que nous consommons. L'impact de la pollution sur la biodiversité passe aussi par ces petits fragments.

Comment couper le robinet à plastique

Retirer à grande échelle les microplastiques une fois dispersés dans les milieux naturels est extrêmement difficile. Les stations d'épuration en retiennent une partie, mais pas tous, et ceux qu'elles captent se retrouvent souvent dans les boues, comme le montre le fonctionnement d'une station d'épuration. La priorité est d'empêcher le plastique d'atteindre l'eau :

  • réduire les plastiques à usage unique et privilégier les objets réutilisables ;
  • ne jamais jeter de déchets dans la nature, y compris les mégots, qui contiennent des fibres plastiques ;
  • laver le linge synthétique avec une charge pleine, sans surcharger la machine, pour limiter les fibres libérées ;
  • soutenir une meilleure gestion des déchets, puisque la majorité des fuites vient de déchets mal collectés.

La bouteille, cinquante ans plus tard

Retournons sur notre plage. La bouteille a disparu du paysage, mais pas de la planète : elle est devenue des milliers de fragments dispersés dans le sable, l'eau et les organismes. La science avance, et les prochaines années devraient améliorer encore les méthodes de mesure et apporter des études plus solides sur la santé. Faut-il attendre ces preuves pour agir sur une pollution qui, elle, ne cesse de s'accumuler ?

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Sources et références

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