
Décharges et incinérateurs : quelles pollutions, hier et aujourd'hui ?
Dans les années 1990, habiter près d'un incinérateur d'ordures ménagères inquiétait beaucoup de riverains. Et pour cause : à l'époque, ces usines étaient la première source de dioxines en France, des molécules toxiques qui s'accumulent dans la chaîne alimentaire. Trente ans plus tard, la situation a profondément changé. Les dioxines des incinérateurs ont chuté, mais un autre enjeu a pris de l'importance : le méthane qui s'échappe des décharges et réchauffe le climat. Voici ce que polluent vraiment ces installations, hier et aujourd'hui, dans le cadre de la question des déchets et de la pollution plastique.
À retenir
- Entre 1970 et 1990, les usines d'incinération d'ordures ménagères ont été la principale source d'émissions de dioxines en France ; les émissions nationales de dioxines sont passées de 1 784 grammes en 1995 à 380 grammes en 2002.
- La gestion des déchets émet principalement du méthane, issu de la décomposition des déchets en décharge ; ces émissions ont baissé de 25 % entre 2005 et 2023.
- La France vise une réduction de 40 % des volumes de déchets enfouis entre 2022 et 2030.
L'incinérateur, ancien champion des dioxines
Les dioxines sont des composés chimiques qui se forment lors de combustions incomplètes, en présence de chlore. Elles sont persistantes et s'accumulent dans les graisses, le long de la chaîne alimentaire, comme d'autres polluants persistants tels que les PCB.
Selon l'Académie nationale de médecine, entre 1970 et 1990, les usines d'incinération d'ordures ménagères ont représenté en France la principale source des émissions de dioxines par leurs fumées. La situation a beaucoup évolué depuis 1995 : selon le Citepa, cité par l'Académie, les émissions de dioxines sont passées en France de 1 784 grammes en 1995 à 380 grammes en 2002.
Cette baisse s'explique, selon l'Académie, par la fermeture des incinérateurs obsolètes, la mise en conformité avec les normes et l'application stricte des nouvelles règles. Selon le Citepa, les arrêtés du 20 septembre 2002 relatifs à l'incinération des déchets ont permis une forte baisse des émissions de cette filière. Selon une présentation réalisée pour la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes à partir des données du Citepa, l'incinération des déchets ménagers ne représentait plus qu'environ 1 % des émissions nationales de dioxines au milieu des années 2010.
Et aujourd'hui, que rejette un incinérateur ?
Un incinérateur moderne traite ses fumées par plusieurs étapes de filtration et de neutralisation avant de les rejeter, afin de limiter sa contribution à la pollution de l'air. Il reste soumis à des valeurs limites et à une surveillance régulière de son impact sur l'environnement, notamment pour les dioxines et les métaux. L'incinération produit aussi des résidus solides : des mâchefers, souvent valorisés en sous-couche routière, et des résidus d'épuration des fumées, dangereux, qui doivent être stockés dans des installations spécialisées.
L'incinération avec récupération d'énergie permet de produire de la chaleur ou de l'électricité. Mais elle détruit une matière qui aurait parfois pu être recyclée, et le plastique brûlé émet du CO₂ d'origine fossile.
La décharge, une usine à méthane
Dans une décharge, les déchets organiques, comme les restes alimentaires ou les déchets verts, se décomposent en l'absence d'air. Ce processus produit du biogaz, riche en méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂ à court terme.
Selon le ministère de la Transition écologique, la gestion des déchets émet principalement du méthane lors de la décomposition des déchets en décharge. Après une période de hausse dans les années 1990, les émissions du secteur baissent depuis le milieu des années 2000 : moins 25 % entre 2005 et 2023. Dans le périmètre de la stratégie nationale bas-carbone publié en 2026, le secteur des déchets a émis 15 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2024, soit 4 % des émissions brutes de la France.
Depuis 2006, selon le Citepa, les installations de stockage des déchets non dangereux doivent être équipées de dispositifs de captage et de récupération du biogaz. Une partie de ce méthane est ainsi brûlée ou valorisée en énergie.
Les jus de décharge
Une décharge produit aussi des lixiviats : l'eau de pluie qui traverse les déchets se charge en polluants. Les décharges modernes sont conçues pour les contenir, avec des fonds étanches et des systèmes de collecte et de traitement. Les anciennes décharges, construites avant ces règles, peuvent en revanche contaminer les sols et les nappes souterraines, un héritage qui rejoint celui des friches et sites industriels pollués.
Moins enfouir, moins brûler
La meilleure façon de réduire ces pollutions est de réduire les déchets qui y arrivent. Selon le ministère de la Transition écologique, la stratégie nationale bas-carbone prévoit de diminuer de 40 % le volume des déchets stockés en décharge entre 2022 et 2030, et de 70 % d'ici 2050, notamment grâce au tri à la source des biodéchets, qui rend les déchets enfouis de moins en moins fermentescibles. Elle prévoit aussi d'améliorer le taux de captage du méthane dans les décharges.
Des riverains rassurés, une planète moins
Revenons à ces riverains inquiets des années 1990. Pour les dioxines, les émissions des incinérateurs ont fortement reculé avec les fermetures, les normes et les traitements des fumées. La surveillance locale reste nécessaire, tandis que le méthane des décharges pèse sur le climat. Brûler ou enfouir reste une solution de dernier recours. Et si l'objectif était, à terme, d'avoir beaucoup moins de déchets à brûler ou à enterrer ?
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Sources et références
- Académie nationale de médecine, « Dioxines et santé »
- Citepa, rapport Secten 2020, chapitre « Traitement centralisé des déchets »
- DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, présentation « Suivi des impacts de l'usine d'incinération de Chambéry », 20 décembre 2016 (données Citepa)
- Ministère de la Transition écologique (SDES), « Émissions de GES dues au traitement centralisé des déchets », Chiffres clés du climat, édition 2025
- Ministère de la Transition écologique, « Stratégie nationale bas-carbone : déchets »
- Légifrance, arrêté du 20 septembre 2002 relatif à l'incinération et à la co-incinération des déchets
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