
PFAS : définition, usages et pourquoi on les appelle « polluants éternels »
À la fin des années 1990, aux États-Unis, l'avocat Robert Bilott engage une bataille judiciaire pour un éleveur de Virginie-Occidentale contre DuPont. L'affaire contribuera à rendre publics des documents sur le PFOA, l'un des PFAS. Près de trente ans plus tard, ces molécules sont surveillées dans l'eau potable, interdites dans certains produits en France et au cœur d'un vaste projet de restriction en Europe. Voici ce qu'il faut savoir sur ces « polluants éternels », au cœur du dossier sur la pollution chimique.
À retenir
- Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, forment une famille de plusieurs milliers de composés. Leurs liaisons carbone-fluor contribuent à leur grande persistance.
- Cinq pays européens ont proposé une restriction générale en janvier 2023. En mars 2026, le comité d'évaluation des risques a adopté son avis final ; le comité socio-économique a adopté un projet d'avis. La décision réglementaire reste distincte de ces avis scientifiques.
- En France, la loi du 27 février 2025 interdit depuis le 1er janvier 2026 certains produits contenant des PFAS : cosmétiques, farts de ski, vêtements, chaussures et imperméabilisants concernés, avec des exceptions et des seuils résiduels.
Qu'est-ce qu'un PFAS ?
PFAS signifie « substances per- et polyfluoroalkylées ». Selon l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA), il s'agit d'une grande famille de plusieurs milliers de substances synthétiques contenant des liaisons carbone-fluor très solides. Leur stabilité explique leur résistance à la dégradation dans l'environnement.
C'est ce qui leur vaut leur surnom de « polluants éternels ». Ce surnom ne signifie pas que tous les PFAS se comportent exactement de la même façon : leur devenir, leur mobilité et leurs effets diffèrent selon les substances. La persistance rend toutefois leur élimination difficile et favorise une contamination durable.
Où les trouve-t-on ?
Leurs propriétés, repousser l'eau, la graisse et les taches, et résister à la chaleur, en ont fait des substances très utilisées. Selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), on les trouve notamment dans les vêtements imperméables, les emballages alimentaires, les mousses anti-incendie et certains ustensiles de cuisine antiadhésifs. Des usages existent aussi dans l'électronique et divers procédés industriels.
Une fois rejetés, ils peuvent rejoindre l'eau, les sols et l'air. Les PFAS et le TFA dans l'eau potable soulèvent des questions de surveillance, tandis que les PFAS et les boues d'épuration posent celle des transferts vers les champs.
Quels effets sur la santé ?
Tous les PFAS n'ont pas été étudiés, loin de là. Mais pour les plus connus, les données s'accumulent. L'EFSA a retenu en 2020 la diminution de la réponse immunitaire à la vaccination comme effet critique pour son évaluation de quatre PFAS. Le ministère de la Transition écologique cite aussi, parmi les effets les plus documentés, l'augmentation du cholestérol et une légère baisse du poids à la naissance. Ces observations ne démontrent pas un même niveau de risque pour chaque substance et chaque exposition.
Le Centre international de recherche sur le cancer a annoncé le 1er décembre 2023 le classement du PFOA comme « cancérogène pour l'homme » et du PFOS comme « peut-être cancérogène ». Ce classement décrit la solidité des preuves d'un danger ; il ne donne pas, à lui seul, le risque individuel associé à une dose ou à un usage donné.
Une histoire longtemps cachée
Revenons à Robert Bilott et à l'affaire de l'éleveur. Une analyse de documents industriels publiée le 1er juin 2023 dans Annals of Global Health examine des archives de DuPont et de 3M rendues accessibles après des procédures judiciaires. Les auteurs y retrouvent des signaux de toxicité dès les années 1960 et décrivent des stratégies de rétention d'informations. Leur étude repose sur 39 documents datés de 1961 à 2006 : elle éclaire une histoire industrielle précise, sans constituer un inventaire complet de tous les PFAS ni de tous les industriels.
Ce que prévoit l'Europe
Face à l'ampleur du problème, cinq pays, l'Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède, ont déposé le 13 janvier 2023 auprès de l'ECHA une proposition de restriction couvrant un vaste ensemble de PFAS. Le projet vise leur fabrication, leur mise sur le marché et leur utilisation, avec des dérogations envisagées pour certains usages.
Le communiqué de l'ECHA du 26 mars 2026 précise que le comité d'évaluation des risques (RAC) a adopté son avis final le 2 mars, et que le comité d'analyse socio-économique (SEAC) a arrêté son projet d'avis le 10 mars. La consultation sur ce projet s'est tenue du 26 mars au 25 mai 2026. Les deux comités soutiennent une restriction, assortie de dérogations ciblées et de mesures de réduction des émissions.
Au 4 novembre 2026, l'évaluation socio-économique reste en cours selon les mises à jour de l'ECHA ; son avis final est attendu d'ici la fin de 2026. Après les avis scientifiques, la Commission doit proposer une restriction pour discussion et vote avec les États membres au comité REACH. Ce calendrier ne permet pas d'annoncer comme acquise une interdiction générale à une date précise.
Ce que prévoit la France
La France a pris de l'avance sur certains usages. La loi du 27 février 2025, présentée par le ministère de la Transition écologique, prévoit notamment :
- depuis le 1er janvier 2026, l'interdiction de fabriquer, importer, exporter et mettre sur le marché les cosmétiques, farts de ski, textiles d'habillement, chaussures et imperméabilisants concernés contenant des PFAS, sauf exceptions, notamment certains équipements de protection ;
- depuis le 1er septembre 2026, une redevance sur les rejets de PFAS dans l'eau pour les installations industrielles concernées ;
- à partir de 2030, l'extension des interdictions aux autres textiles, avec des exceptions prévues par la loi et précisées par décret.
Le contrôle des PFAS dans l'eau potable est, lui, obligatoire depuis le 1er janvier 2026.
Les interdictions ne visent pas les traces inférieures ou égales aux seuils résiduels réglementaires. Elles concernent les opérations commerciales prévues par la loi, et ne signifient pas qu'un particulier doit jeter immédiatement tous ses objets. Ces dispositions françaises ne s'appliquent pas automatiquement aux autres pays francophones.
Réduire son exposition
Il est difficile d'éviter totalement les PFAS, tant ils sont répandus. Pour limiter certaines sources, les recommandations publiques françaises proposent notamment des ustensiles en inox, en fonte ou en verre, et de limiter les traitements imperméabilisants ou antitaches non indispensables. Se tenir informé des résultats du contrôle de l'eau de sa commune reste utile. L'EFSA rappelle toutefois que la contribution des ustensiles et emballages à l'exposition alimentaire est faible par rapport à d'autres sources : changer de poêle ne règle pas à lui seul la contamination de l'eau et des aliments.
L'héritage d'un éleveur
Revenons une dernière fois à cet éleveur de Virginie-Occidentale. Son combat, porté par un avocat obstiné, a contribué à révéler une pollution longtemps mal connue. Les PFAS nous ont donné des poêles qui n'attachent pas et des vêtements imperméables. Ils nous laissent aussi une question difficile : comment limiter l'héritage de substances aussi résistantes à la dégradation ?
Dans le même dossier
Sources et références
- ECHA, définition, usages et suivi du dossier PFAS, consulté le 4 novembre 2026
- ECHA, avis final du RAC et projet du SEAC, communiqué du 26 mars 2026
- EFSA, PFAS : exposition, effets et évaluation de 2020, mise à jour du 22 juillet 2026
- CIRC, évaluation du PFOA et du PFOS, annonce du 1er décembre 2023
- Gaber, Bero et Woodruff, analyse de documents industriels, Annals of Global Health, 1er juin 2023, DOI 10.5334/aogh.4013
- Légifrance, loi n° 2025-188 du 27 février 2025
- Ministère de la Transition écologique, application de la loi PFAS, mise à jour du 21 septembre 2026
- INERIS AIDA, décret n° 2026-545 du 25 juin 2026 relatif à la redevance PFAS
- Info.gouv.fr, PFAS : informations et conseils pour limiter les expositions
Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.




