
Déchets ménagers et déchets de chantier : combien la France en produit-elle, et que deviennent-ils ?
Imaginez un train de marchandises chargé de tous les déchets produits en France en une seule année. Il faudrait des millions de wagons pour transporter les 310 millions de tonnes recensées en 2020. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce ne sont pas nos poubelles qui remplissent la plupart de ces wagons, mais les gravats, les terres excavées et les matériaux de démolition des chantiers. Derrière ce chiffre impressionnant se cache une réalité plus nuancée : qui produit vraiment nos déchets, que deviennent-ils, et la France progresse-t-elle ? Plongée dans les chiffres, au cœur de la question des déchets et de la pollution plastique.
À retenir
- Selon le SDES, 310 millions de tonnes de déchets ont été produites en France en 2020, soit 9,7 % de moins qu’en 2018, une baisse largement due à la pandémie.
- En 2020, les déchets minéraux — principalement issus de la construction — représentaient 66 % des tonnages, les déchets non minéraux non dangereux 30 % et les déchets dangereux 4 %.
- La stratégie nationale bas-carbone vise une baisse de 15 % des déchets ménagers et assimilés produits en 2030 par rapport à 2010.
Quelle est la nature de nos déchets ?
Le bilan du SDES répartit les déchets de 2020 par type, plutôt que par producteur :
| Type de déchets | Part des tonnages | Valorisation matière |
|---|---|---|
| Déchets minéraux, issus de la construction | 66 % | 74 % |
| Déchets non minéraux non dangereux | 30 % | 43 % |
| Déchets dangereux | 4 % | 30 % |
Le total représente 310 millions de tonnes, soit 4,6 tonnes par habitant. Le bilan estime que les déchets dangereux comptent pour 4 % des tonnages. La catégorie « dangereuse » est une classification réglementaire liée à des propriétés de danger ; elle ne signifie pas que chaque déchet de cette catégorie expose directement le public.
Le chantier pèse donc lourd dans le bilan, notamment en déchets minéraux. Certains déchets minéraux sont classés inertes : ils ne subissent pas de transformation physique, chimique ou biologique importante et ne se décomposent pas. Cette qualification ne signifie pas qu’ils sont sans conséquence : leur volume et leur stockage restent des enjeux.
Une baisse en trompe-l'œil
Les 310 millions de tonnes recensées en 2020 représentent une baisse de 9,7 % par rapport à 2018. Le SDES indique que la pandémie explique largement ce recul. Il ne suffit donc pas, à lui seul, à établir une baisse structurelle de la production de déchets.
Et nos poubelles ?
Les déchets ménagers et assimilés (DMA) ne se résument pas à ce qui se trouve dans les poubelles des ménages. En 2023, l’ADEME estime à 559 kg par habitant les DMA collectés par le service public de prévention et de gestion des déchets. En ajoutant les flux collectés hors de ce service, l’estimation de l’ensemble des DMA produits atteint 571 kg par habitant. Ces deux indicateurs n’ont donc pas le même périmètre. Les indicateurs de l’ADEME détaillent cette différence.
Dans les ordures ménagères résiduelles, celles de la poubelle grise, une part importante pourrait être triée à la source. Dans la campagne MODECOM menée en 2024 et publiée en 2025, l’ADEME estime que 32 % de la masse des OMR est constituée de biodéchets. Les modalités de tri sont expliquées dans notre article sur les règles du tri des déchets. Le tri à la source des biodéchets est obligatoire depuis 2024.
Que deviennent-ils ?
Le taux de valorisation matière indiqué par le SDES pour 2020 varie fortement selon le type de déchets : 74 % pour les déchets minéraux, 43 % pour les déchets non minéraux non dangereux et 30 % pour les déchets dangereux. La valorisation matière comprend le recyclage et le remblayage, mais pas la valorisation énergétique.
Ces moyennes masquent des différences entre matériaux et filières. Les limites du recyclage du plastique sont examinées dans notre article dédié. Une partie des déchets est stockée ou incinérée, deux filières dont les effets sur l’air et le climat sont détaillés dans l’article sur les décharges et les incinérateurs.
Des déchets qui chauffent la planète
Les déchets ne polluent pas seulement l'air, l'eau et les sols. Ils contribuent aussi au réchauffement climatique. Selon le ministère de la Transition écologique, la gestion des déchets émet principalement du méthane, lors de la décomposition des déchets en décharge. Les émissions de ce secteur ont toutefois baissé de 25 % entre 2005 et 2023. Le lien entre ces deux enjeux est détaillé dans l'article sur la pollution et le changement climatique.
Les objectifs de la France
La France s'est fixé des objectifs chiffrés. Selon le ministère de la Transition écologique, la stratégie nationale bas-carbone prévoit de :
- réduire de 15 % les déchets ménagers et assimilés produits en 2030 par rapport à 2010 ;
- réduire de 5 % les déchets des activités économiques sur la même période ;
- diminuer de 40 % les volumes de déchets stockés en décharge entre 2022 et 2030, puis de 70 % d'ici 2050.
Un train qu'on peut raccourcir
Revenons à notre train de marchandises. Chaque wagon correspond à une décision prise quelque part : construire, démolir, emballer, acheter, jeter. Les chiffres montrent que les taux de valorisation varient fortement selon le type de déchets ; réduire les quantités produites reste aussi un objectif public. Combien de wagons pourrions-nous supprimer si chaque objet était conçu pour durer, se réparer et se réemployer ?
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Sources et références
- SDES, « Bilan 2020 de la production de déchets en France », publié le 25 novembre 2022
- ADEME, « Indicateurs clés des déchets ménagers et assimilés », données 2023 mises à jour en 2025
- ADEME, MODECOM 2024, résultats publiés le 19 décembre 2025
- Ministère de la Transition écologique, catégories de déchets et définition des déchets inertes
- SDES, « Émissions de GES dues au traitement centralisé des déchets », édition 2025, données jusqu’en 2023
- Ministère de la Transition écologique, SNBC 3 : objectifs du secteur des déchets, mise à jour 2026
Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.




