La vaquita examine les couches d’un échantillon de sol près d’un ancien site industriel.
La vaquita examine les couches d’un échantillon de sol près d’un ancien site industriel. Illustration symbolique.Crédit : Illustration : LesPreuves, créée avec l’aide de l’IA.

PCB, PFAS, métaux : pourquoi certaines pollutions durent des décennies

6 min de lecture

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Dans les années 1930, l'industrie croit avoir trouvé le produit idéal. Les PCB, des composés chlorés d'une stabilité remarquable, ne brûlent pas, ne se décomposent pas et isolent parfaitement l'électricité. On en remplit les transformateurs et les condensateurs, on en ajoute aux encres, aux peintures, aux huiles. Pendant des décennies, personne ne s'inquiète de cette stabilité. C'était pourtant elle, la faille : un produit conçu pour ne jamais se dégrader ne se dégrade pas davantage une fois dans une rivière, un sol ou un organisme vivant. Plus de trente ans après leur interdiction, on les retrouve encore dans certains poissons. Voici l'histoire de ces pollutions qui survivent à leur cause, un volet essentiel pour comprendre la pollution.

Le produit parfait qui ne voulait pas disparaître

Les PCB (polychlorobiphényles), connus en France sous le nom commercial de « pyralène », forment une famille de 209 composés. Selon une fiche de la DIREN Rhône-Alpes, ils ont été utilisés dès les années 1930 pour leur stabilité et leur ininflammabilité. La France a interdit leur usage dans les applications ouvertes, comme les encres et les peintures, dès 1979, puis leur vente et celle des appareils qui en contenaient le 2 février 1987.

Mais interdire un produit n'efface pas ce qui a déjà été rejeté. Transformateurs mis au rebut, fuites, incendies, rejets industriels : pendant des décennies, les PCB se sont accumulés dans les sédiments des rivières. Et là, ils ont attendu.

Ce que « persistant » veut dire

La plupart des polluants finissent par disparaître. L'ozone se décompose en quelques heures, les bactéries digèrent la matière organique, certains pesticides se dégradent en quelques semaines. Un polluant est dit persistant lorsqu'il résiste à ces processus et reste présent pendant des années, voire des siècles.

Les plus problématiques cumulent trois défauts :

  1. Ils durent : ils se dégradent très lentement, ou pas du tout.
  2. Ils s'accumulent : ils se stockent dans les organismes, souvent dans les graisses.
  3. Ils voyagent : certains parcourent de longues distances par l'air ou par l'eau.

Le pêcheur qui voulait rassurer ses clients

En 2005, un pêcheur professionnel du canal de Jonage, en amont de Lyon, fait analyser ses poissons. Il veut simplement rassurer ses clients après une épidémie de botulisme chez des oiseaux du secteur. Les analyses ne trouvent aucune bactérie. Elles révèlent autre chose : une concentration anormalement élevée de PCB dans la chair des poissons.

Selon un compte rendu de l'Assemblée nationale, les premières analyses révélant des PCB dans le Rhône remontaient pourtant à 1986. Près de vingt ans plus tard, la pollution était toujours là, et elle a conduit à des interdictions de consommation de certains poissons. Un plan national d'action sur les PCB a été lancé en février 2008, selon le ministère de la Santé.

Du plancton à l'assiette : la remontée des polluants

Pourquoi les poissons en contenaient-ils autant, alors que l'eau du Rhône n'en contenait que des traces ? Suivons le trajet d'une molécule de PCB.

  1. Elle est absorbée par le plancton ou fixée aux sédiments.
  2. De petits invertébrés mangent de grandes quantités de plancton et accumulent les PCB dans leurs graisses.
  3. Les poissons mangent ces invertébrés par milliers et concentrent encore davantage.
  4. Les grands poissons prédateurs, puis ceux qui les consomment, reçoivent une dose bien supérieure à celle présente dans l'eau.

Les scientifiques appellent ce phénomène la bioamplification. Il explique qu'une pollution presque indétectable dans l'eau puisse devenir préoccupante dans l'assiette. Selon le ministère de la Santé, l'alimentation représente plus de 90 % de l'exposition de la population générale aux PCB, surtout par les aliments d'origine animale riches en graisses, comme les poissons gras. C'est aussi ce mécanisme qui a fait s'effondrer les faucons pèlerins, l'un des exemples les plus célèbres de l'impact de la pollution sur la biodiversité.

Les « polluants éternels » du XXIᵉ siècle

L'histoire des PCB semble se répéter avec les PFAS. Cette famille de plusieurs milliers de composés est utilisée pour ses propriétés antiadhésives et imperméabilisantes. Leur surnom de « polluants éternels » vient de la liaison entre le carbone et le fluor qui les compose, l'une des plus solides de la chimie. Ils sont aujourd'hui détectés dans les eaux de nombreux pays, et la France les recherche désormais dans le contrôle sanitaire de l'eau potable. La présence de PFAS et de TFA dans l'eau potable fait désormais l'objet d'un suivi renforcé.

Les métaux : la persistance absolue

Les molécules finissent, même très lentement, par se dégrader. Les métaux, eux, jamais. Le plomb, le mercure, le cadmium ou l'arsenic peuvent changer de forme chimique, se fixer dans un sol ou un sédiment, mais ils restent présents indéfiniment.

La vallée de l'Orbiel, dans l'Aude, en est un exemple frappant. L'ancienne mine d'or de Salsigne y fut, selon LCP, le premier producteur mondial d'arsenic. Elle a fermé en 2004. Plus de vingt ans après, l'arsenic est toujours là, et l'État a été condamné en juillet 2025 à dépolluer la vallée. Ce cas illustre à lui seul ce que peut être la pollution des sols.

Comment se débarrasser de ce qui ne disparaît pas ?

Face à ces substances, il n'existe pas de solution miracle, mais une combinaison de réponses :

  • Interdire la production et l'usage, comme pour les PCB ou certains PFAS. Au niveau international, la convention de Stockholm, adoptée le 22 mai 2001, encadre ces polluants organiques persistants et demande aux États d'éliminer les appareils contenant des PCB.
  • Éliminer les stocks encore présents dans les équipements anciens.
  • Surveiller les milieux et les aliments, et restreindre la consommation si nécessaire.
  • Dépolluer quand c'est possible : excavation des sols, traitement des eaux, confinement des sédiments. Ces opérations sont coûteuses, et parfois impossibles à grande échelle.

Une leçon pour les produits de demain

Les PCB ont été choisis précisément parce qu'ils étaient indestructibles. C'est cette qualité qui en a fait une pollution durable. Chaque nouvelle substance mise sur le marché pose donc la même question : si elle se révèle un jour nocive, combien de décennies faudra-t-il pour s'en débarrasser ? Et si l'on évaluait ce risque avant de la diffuser, plutôt qu'après ?

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Sources et références

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