
Dauphins dans le golfe de Gascogne : comprendre le problème des captures accidentelles
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Imaginons un petit cétacé mort, découvert sur une plage en hiver. La scène marque. Pourtant, elle ne raconte qu’une partie de l’histoire : la carcasse a pu dériver depuis le lieu de la mort. Pour comprendre les captures accidentelles dans le golfe de Gascogne, il faut remonter la piste en mer.
À retenir
- Un échouage ne suffit pas à établir une capture : plusieurs sources de données doivent être croisées.
- Les solutions varient selon l’engin et l’espèce ; elles doivent être efficaces et applicables à bord.
- Les progrès se jugent sur la mortalité estimée et les conditions de pêche, pas sur l’annonce d’un dispositif.
Une plage, mais pas la scène du drame
Les petits cétacés peuvent croiser certains engins de pêche en se déplaçant ou en se nourrissant. Une partie des animaux morts dérive ensuite jusqu’à la côte. Les échouages sont donc utiles pour la surveillance, mais incomplets pour estimer la mortalité totale.
L’Observatoire national de la biodiversité classe la surexploitation et les captures accidentelles parmi les pressions importantes sur la biodiversité marine française. L’enjeu se lit à l’échelle de l’écosystème : dauphins, proies, pêcheries et océan interagissent.
Pourquoi les chiffres sont si difficiles à établir
Un échouage n’équivaut pas à une capture. La probabilité qu’une carcasse atteigne le rivage dépend du lieu de la mort, des courants, du vent, de l’état de la mer et de la décomposition. À l’inverse, l’absence d’échouage ne prouve pas l’absence de mortalité. Les scientifiques croisent donc plusieurs sources : observateurs à bord, surveillance électronique, analyses de risque et modèles de dérive.
La transparence sur les marges d’incertitude est essentielle : une estimation n’est pas un comptage exhaustif.
Les échouages ne reflètent qu’une partie de la mortalité en mer.
Pourquoi dauphins et pêcheurs se croisent-ils ?
Ils peuvent chercher les mêmes concentrations de poissons. Cela ne veut pas dire que toutes les pêcheries présentent le même risque : profondeur, saison, heure, structure du banc et type d’engin comptent. Les interactions avec les filets dépendent aussi du comportement des animaux ; aucun facteur ne suffit à expliquer toutes les captures. D’où l’intérêt de réunir biologistes, océanographes, spécialistes des engins et professionnels de la mer. L’état des ressources halieutiques intervient aussi dans la question de la pêche durable en France.
Quelles solutions sont à l’essai ?
La fiche de l’OFB, mise à jour le 1er juin 2026, présente un programme d’essais prévu de 2025 à 2030 avec des professionnels, des scientifiques et des associations. Elle ne constitue pas encore un bilan national d’efficacité. Selon les espèces et les engins, les tests portent notamment sur :
- des lumières et des éléments réfléchissants destinés aux mammifères marins ;
- des cerfs-volants et des lignes d’effarouchement pour les oiseaux ;
- des aimants pour certaines interactions avec les raies ;
- la collecte de données par observateurs, caméras embarquées et déclarations des pêcheurs.
Fermetures temporaires : un outil parmi d’autres
Quand le risque se concentre sur certaines périodes ou zones, des fermetures saisonnières ou spatiales peuvent aider. Leur efficacité dépend de la correspondance entre la mesure, la présence réelle des animaux et la position des flottilles. Elles ne dispensent pas d’améliorer les engins ni le suivi. Ce raisonnement rejoint l’évaluation des aires marines protégées en France : le périmètre doit répondre aux pressions observées.
Des fermetures ont déjà été appliquées. Le bilan de Pelagis pour l’hiver 2024 associe la baisse estimée des captures à la fermeture, tout en discutant d’autres facteurs possibles, dont la distribution des dauphins, les proies et les pratiques de pêche. Ce résultat doit être lu avec ses incertitudes, sans confondre échouages observés et mortalité totale.
Mesurer l’efficacité sans opposer pêche et conservation
Une mesure doit se juger sur quatre plans : biologique (moins de risque pour les dauphins), halieutique (effet sur les captures visées), opérationnel (fiable et sûr à bord) et de contrôle (réellement utilisé). La question devient alors mesurable : dans quelles conditions cette solution réduit-elle le risque, avec quels effets secondaires et à quel coût ? Ces critères servent aussi à examiner les captures accidentelles d’oiseaux marins.
Ce qu’il faut suivre dans les prochaines années
Pour juger les progrès, regardez plusieurs indicateurs ensemble : mortalité estimée, échouages documentés, abondance et distribution des dauphins, effort de pêche, taux d’équipement des navires et efficacité des dispositifs. Une baisse des échouages ne suffit pas, à elle seule, à établir une baisse équivalente des captures : les autres données et les conditions de dérive doivent être examinées. C’est une gestion adaptative : mesurer, agir, évaluer, ajuster.
Un dauphin échoué a-t-il forcément été capturé sur place ?
Non. Les courants et le vent peuvent déplacer une carcasse sur de longues distances, et certains animaux ne s’échouent jamais.
Que fait l’OFB pour réduire les captures accidentelles ?
Il pilote, de 2025 à 2030, des essais de dispositifs avec des pêcheurs, des scientifiques et des associations.
Dans le même dossier
- biodiversité marine en France : Le guide complet qui relie espèces, habitats, menaces et solutions.
- captures accidentelles d’oiseaux marins : Comment réduire les mortalités d’oiseaux plongeurs dans les engins de pêche.
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- poissons et pêche durable en France : Stocks, sélectivité, habitats : concilier pêche et biodiversité.
- aires marines protégées en France : Ce que protège vraiment un classement, et comment l’évaluer.
Sources et références
- Observatoire Pelagis, bilan de la fermeture de pêche de 2024
- OFB, programme OBSCAMe(+), observation des captures accidentelles
- OFB, essais de dispositifs 2025-2030, mise à jour du 1er juin 2026
- ONB, milieux marins et littoraux français, novembre 2025
Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.




