
Traité mondial sur le plastique : pourquoi les négociations bloquent
Genève, 15 août 2025, peu après minuit. Dans une salle des Nations unies, les délégations découvrent une proposition révisée du président des négociations. Après dix jours de travaux réunissant des représentants de 183 pays, aucun consensus n'est trouvé sur le premier traité mondial contre la pollution plastique. C'est le deuxième ajournement en moins d'un an. Comment le monde, qui a su s'entendre pour protéger la couche d'ozone, bute-t-il sur une bouteille en plastique ? Voici l'histoire d'une négociation hors norme, au cœur de la question des déchets et de la pollution plastique.
À retenir
- En mars 2022, l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement a lancé la négociation d'un traité juridiquement contraignant couvrant tout le cycle de vie du plastique.
- Les négociations ont échoué à Busan, en Corée du Sud, en décembre 2024, puis à Genève, en août 2025.
- En 2026, un nouveau président du comité de négociation a été élu, et des dialogues informels ont été lancés pour relancer le processus.
Une ambition historique
Tout commence en mars 2022, à Nairobi. Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement, la cinquième Assemblée des Nations unies pour l'environnement adopte la résolution 5/14, qui lance les négociations d'un traité international couvrant l'ensemble du cycle de vie des plastiques, de la production et de la conception jusqu'à l'élimination des déchets. Le calendrier initial prévoyait cinq sessions de négociation.
L'enjeu est considérable. Selon l'OCDE, la production mondiale de plastique a doublé entre 2000 et 2019, et seuls 9 % des déchets plastiques ont été effectivement recyclés. L'ampleur du problème est détaillée dans l'article sur la pollution plastique.
Le cœur du désaccord : produire moins, ou mieux gérer les déchets ?
Au fil des sessions, deux visions s'affrontent.
D'un côté, une majorité de pays, dont la France et l'Union européenne, veulent un traité qui agisse sur tout le cycle de vie du plastique, y compris en réduisant la production et en encadrant certaines substances chimiques préoccupantes.
De l'autre, un groupe de pays producteurs de pétrole et de plastique souhaite limiter le traité à la gestion des déchets : meilleure collecte, plus de recyclage, sans toucher à la production.
Ce désaccord n'est pas technique : il est économique et politique. Le plastique étant fabriqué pour l'essentiel à partir de pétrole et de gaz, limiter sa production touche directement les intérêts des pays et des industries qui en vivent.
Busan, décembre 2024 : premier échec
La cinquième session, censée être la dernière, se tient à Busan, en Corée du Sud, du 25 novembre au 1er décembre 2024. Elle est ajournée sans accord au petit matin du 2 décembre. Selon la foire aux questions officielle du comité, les États conviennent de reprendre la session plus tard. Les divergences restent profondes, notamment sur la production, les produits et substances à encadrer, le financement et la place des mesures nationales.
Genève, août 2025 : deuxième échec
Les négociations reprennent à Genève du 5 au 15 août 2025. Une proposition révisée du président est diffusée à 0 h 48 le 15 août, mais aucun consensus n'est trouvé. Le Programme des Nations unies pour l'environnement indique que la session est ajournée avec la volonté exprimée de poursuivre le processus, tout en reconnaissant les divergences importantes entre États.
La session a réuni plus de 2 600 participants, dont plus de 1 400 délégués de 183 pays et près de 1 000 observateurs représentant plus de 400 organisations. Ces chiffres officiels décrivent l'ampleur de la conférence, sans préjuger de l'influence de chaque groupe.
2026 : une relance fragile
Les négociations ne sont pas abandonnées. Selon le communiqué du Programme des Nations unies pour l'environnement daté du 7 février 2026, le diplomate chilien Julio Cordano a été élu à la présidence du comité lors d'une brève session consacrée à l'organisation, sans négociation de fond. Des réunions informelles de chefs de délégation se sont ensuite tenues, notamment à Genève du 30 juin au 3 juillet puis à Bangkok du 27 au 30 septembre. Une nouvelle réunion informelle est annoncée entre le 25 janvier et le 2 février 2027, en préparation de l'INC-5.4. Au 18 octobre 2026, aucun texte commun n'a encore été adopté.
Et pendant ce temps ?
L'absence de traité mondial n'empêche pas les pays d'agir chez eux. L'Union européenne a adopté son règlement sur les emballages, qui impose notamment une consigne des bouteilles d'ici 2029 si la collecte reste insuffisante, comme l'explique l'article sur la consigne des bouteilles en plastique. La France, avec sa loi anti-gaspillage de 2020, s'est fixé l'objectif de mettre fin aux emballages en plastique à usage unique d'ici 2040.
Mais sans accord mondial, ces efforts restent dispersés, alors que le plastique, lui, circule d'un continent à l'autre, notamment par les océans, qu'aucun dispositif ne permet aujourd'hui de dépolluer entièrement.
Le précédent de la couche d'ozone
Revenons à la question de départ. Adopté en 1987, le protocole de Montréal a organisé l'élimination progressive de nombreuses substances qui appauvrissent la couche d'ozone. Il est souvent cité comme l'exemple d'un accord environnemental mondial réussi. La différence, avec le plastique, tient peut-être à l'ampleur de ce qu'il faudrait changer : le plastique est partout, dans presque tous les secteurs de l'économie. Reste une question : combien de temps le monde attendra-t-il avant de s'accorder sur un matériau dont la production, elle, ne cesse d'augmenter ?
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- Déchets et pollution plastique : ce que devient vraiment ce que nous jetons
- Recyclage du plastique : pourquoi si peu de plastique est vraiment recyclé
- Trou dans la couche d'ozone : se referme-t-il vraiment ?
Sources et références
- PNUE, « Sessions et réunions du comité sur la pollution plastique »
- PNUE, « Les pourparlers sur le traité mondial contre la pollution plastique ajournés sans consensus », 15 août 2025
- PNUE, « New Chair elected to lead negotiations on global plastic pollution treaty », 7 février 2026
- PNUE, notifications officielles du comité, calendrier 2026
- OCDE, « La pollution plastique ne cesse de croître », 22 février 2022
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