La vaquita LesPreuves observe la Terre, l'Antarctique et la couche protectrice de l'atmosphère éclairée par le Soleil.
Illustration pédagogique fictive.Crédit : LesPreuves.

Trou dans la couche d'ozone : se referme-t-il vraiment ?

5 min de lecture

Au milieu des années 1970, deux chimistes travaillant aux États-Unis publient une hypothèse inquiétante : des gaz très répandus, les chlorofluorocarbures (CFC), utilisés dans les réfrigérateurs, les climatiseurs et les bombes aérosols, pourraient détruire la couche d'ozone qui protège la Terre des ultraviolets. Dix ans plus tard, des scientifiques britanniques mesurent au-dessus de l'Antarctique un effondrement spectaculaire de cette couche : le « trou dans la couche d'ozone ». Le monde prend peur. Puis il agit. Quarante ans après, ce trou est en voie de se refermer. C'est l'une des plus belles réussites de l'histoire de la lutte contre la pollution. Voici comment, dans le cadre du dossier sur les pollutions invisibles du quotidien.

À retenir

  • La couche d'ozone, située dans la stratosphère, filtre les ultraviolets du Soleil ; elle a été gravement endommagée par des gaz industriels comme les CFC.
  • Grâce au protocole de Montréal, adopté en 1987, 99 % des substances réglementées qui détruisent l'ozone ont été éliminées, selon le Secrétariat de l'ozone du PNUE.
  • Si les politiques actuelles restent en place, la couche d'ozone devrait retrouver ses valeurs de 1980 vers 2040 dans la majeure partie du monde, 2045 au-dessus de l'Arctique et 2066 au-dessus de l'Antarctique.

Deux ozones, deux histoires

Avant tout, une distinction essentielle. L'ozone est une molécule formée de trois atomes d'oxygène. Selon l'endroit où il se trouve, il est un allié ou un polluant.

  • Dans la stratosphère, à plusieurs dizaines de kilomètres d'altitude, il forme la couche d'ozone, qui nous protège des rayons ultraviolets. C'est de cet ozone-là que parle cet article.
  • Près du sol, il est au contraire un polluant de l'air, formé par temps chaud et ensoleillé, et irritant pour les poumons. Il est présenté dans l'article sur la pollution à l'ozone.

Le trou dans la couche d'ozone et les pics d'ozone de l'été sont donc deux problèmes différents.

Pourquoi la couche d'ozone est vitale

Selon l'Organisation météorologique mondiale, la couche d'ozone stratosphérique protège les êtres vivants contre une grande partie du rayonnement ultraviolet nocif. L'exposition excessive aux ultraviolets augmente notamment les risques de cancers cutanés et de lésions oculaires.

Les responsables chimiques

Selon l'évaluation scientifique 2022 de l'OMM et du PNUE, les substances appauvrissant la couche d'ozone, dont les CFC autrefois utilisés dans les aérosols et la réfrigération, ont constitué la cause principale de cet amincissement. Très stables dans la basse atmosphère, elles atteignent la stratosphère, où le rayonnement ultraviolet libère notamment du chlore qui détruit l'ozone.

Le phénomène est le plus spectaculaire au-dessus de l'Antarctique, au printemps austral, où des conditions de froid extrême accélèrent la destruction de l'ozone. C'est là que se creuse chaque année le fameux « trou ».

Le protocole de Montréal, une réussite mondiale

En 1987, les pays du monde adoptent le protocole de Montréal, qui organise l'élimination progressive des substances qui détruisent l'ozone. Selon le Secrétariat de l'ozone du PNUE, sa mise en œuvre a permis d'éliminer 99 % des substances réglementées qui appauvrissent la couche d'ozone.

Le protocole a aussi eu des bénéfices pour le climat. L'amendement de Kigali, adopté en 2016, organise la réduction progressive des HFC, des gaz de substitution qui ne détruisent pas l'ozone mais réchauffent le climat. Selon l'évaluation scientifique 2022, le respect de cet amendement permettrait d'éviter environ 0,3 à 0,5 °C de réchauffement d'ici 2100.

Alors, le trou se referme-t-il ?

Oui, mais lentement. L'évaluation scientifique 2022 de l'OMM et du PNUE, la dernière évaluation mondiale achevée sur laquelle s'appuie encore le bulletin de l'OMM de septembre 2026, indique que si les politiques actuelles restent en vigueur, la couche d'ozone devrait retrouver ses valeurs de 1980 :

Alors, le trou se referme-t-il ?
RégionRetour aux valeurs de 1980
Reste du mondevers 2040
Arctiquevers 2045
Antarctiquevers 2066

Pourquoi si lentement ? Parce que les substances déjà émises persistent longtemps dans l'atmosphère. La taille et la profondeur du trou varient aussi d'une année à l'autre avec les conditions météorologiques. Une année isolée ne suffit donc pas à juger la tendance. Selon le bulletin de l'OMM publié en septembre 2026, le trou antarctique de 2025 a été l'un des moins sévères depuis plus de vingt ans, tout en restant soumis à cette forte variabilité annuelle.

Une leçon pour les autres pollutions

L'histoire de la couche d'ozone montre qu'une pollution mondiale peut être maîtrisée lorsque les pays agissent ensemble, sur la base de la science, et réduisent les substances qui en sont la cause. Cette réussite ne se transpose pas automatiquement à chaque crise environnementale, mais elle éclaire d'autres combats, comme celui du traité mondial sur le plastique, ou avec la lutte contre la pollution en général.

Le trou qui se referme

Revenons à ces chimistes des années 1970, dont l'hypothèse semblait alarmiste. Leur alerte a été entendue, et le monde a changé ses réfrigérateurs et ses aérosols. Il faudra encore plusieurs décennies pour que la couche d'ozone se reconstitue entièrement, mais la tendance est là. Si nous avons su réparer le ciel une fois, qu'est-ce qui nous empêche de le refaire pour d'autres pollutions ?

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Sources et références

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