La vaquita contemple un globe entouré d’une lueur symbolisant le réchauffement sous un ciel clair.
La vaquita contemple un globe entouré d’une lueur symbolisant le réchauffement sous un ciel clair. Illustration symbolique.Crédit : Illustration : LesPreuves, créée avec l’aide de l’IA.

Pollution et changement climatique : pourquoi le ciel bleu du confinement n'a pas refroidi la planète

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Printemps 2020. Le monde est à l'arrêt. Les avions sont cloués au sol, les rues vidées de leurs voitures. Dans plusieurs grandes villes, les habitants redécouvrent un ciel d'un bleu qu'ils n'avaient plus vu depuis longtemps. Sur les réseaux sociaux, un message circule : la planète respire enfin, le climat va aller mieux. La première partie de la phrase était en partie vraie. La seconde était fausse. L'air s'est brièvement amélioré, mais le CO₂ accumulé depuis des décennies a continué de réchauffer la Terre. Cette confusion entre pollution et climat est l'une des plus répandues. Démêlons-la, pour mieux comprendre ce qu'est la pollution, et ce qu'elle n'est pas.

Deux problèmes qui ne vivent pas au même rythme

Imaginez deux horloges. La première, celle de la pollution de l'air, tourne vite. Quand les émissions baissent, l'air s'améliore en quelques jours ou quelques semaines, comme l'a montré le confinement. Ses effets sont surtout locaux et régionaux : l'air d'une ville, d'une vallée.

La seconde horloge, celle du climat, tourne très lentement. Les gaz à effet de serre, principalement le dioxyde de carbone (CO₂) et le méthane, s'accumulent dans l'atmosphère et retiennent une partie de la chaleur émise par la Terre. Le CO₂ y reste pendant très longtemps. Quelques semaines de répit ne suffisent donc pas à inverser une tendance construite sur plus d'un siècle. Ses effets sont mondiaux et durables.

Le CO₂, un polluant ?

C'est la question que tout le monde se pose. Aux concentrations de l'air extérieur, le CO₂ n'est pas toxique : nous en expirons à chaque respiration. Il n'est donc pas surveillé comme un polluant de l'air qui rend malade. En revanche, c'est le principal responsable du réchauffement. On le retrouve d'ailleurs, à part, dans la définition et la liste des polluants de l'air.

On parle pourtant souvent de « pollution au CO₂ ». L'expression n'est pas absurde, puisqu'il s'agit d'un rejet humain qui modifie l'environnement. Mais elle entretient la confusion avec la pollution qui abîme nos poumons.

Même cheminée, deux problèmes

Si les deux sujets sont si souvent confondus, c'est qu'ils sortent souvent du même tuyau. Brûler du charbon, du pétrole ou du gaz rejette à la fois du CO₂ et des polluants de l'air. Une vieille voiture diesel, une centrale à charbon ou une chaudière au fioul alimentent donc les deux problèmes en même temps.

Certains polluants jouent même sur les deux tableaux. Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement et l'Organisation météorologique mondiale, le carbone suie, présent dans les fumées, absorbe la lumière du soleil et assombrit la neige et les glaciers sur lesquels il se dépose, ce qui accélère leur fonte. Et l'ozone de basse altitude, polluant typique des étés chauds, est aussi le troisième gaz à effet de serre par ordre d'importance, après le CO₂ et le méthane. Le PNUE regroupe ces substances, avec le méthane et certains gaz fluorés, sous le nom de polluants climatiques de courte durée de vie.

Quand le climat abîme l'air

La relation fonctionne aussi dans l'autre sens. Les vagues de chaleur accélèrent la formation de l'ozone, polluant typique des étés chauds. Les sécheresses multiplient les incendies, dont les fumées peuvent dégrader l'air à des centaines de kilomètres. Selon une présentation de l'Ineris, l'effet du climat sur l'ozone est significatif et bien documenté, tandis qu'il reste plus incertain pour les particules.

Le paradoxe du parasol

Voici l'aspect le plus déroutant de cette histoire. Certaines particules polluantes, les aérosols de sulfate, issus de la combustion du charbon et du fioul, ont un effet refroidissant. Elles renvoient une partie de la lumière du soleil vers l'espace et rendent les nuages plus brillants. Elles agissent, en quelque sorte, comme un parasol.

En réduisant cette pollution, indispensable pour notre santé, on retire donc une partie de ce parasol. Une étude de l'université d'Exeter, publiée en 2025 et rapportée par la RTBF, avance qu'une grande partie du réchauffement observé depuis 2001 pourrait être liée à la baisse des émissions de dioxyde de soufre. Ses conclusions sont toutefois discutées par d'autres scientifiques, qui rappellent que le CO₂ reste le principal responsable du réchauffement depuis l'ère industrielle.

Faudrait-il alors garder la pollution au soufre ? Certainement pas : elle est nocive pour la santé et responsable de pluies acides. La conclusion des chercheurs est ailleurs : il faut réduire en même temps les polluants de l'air et les gaz à effet de serre.

Les solutions qui font d'une pierre deux coups

Bonne nouvelle : beaucoup de solutions servent les deux causes à la fois. Réduire l'usage des énergies fossiles, développer les transports en commun et le vélo, remplacer les vieux appareils de chauffage, limiter les fuites de méthane ou interdire le brûlage à l'air libre des déchets agricoles. Selon le PNUE, cité par la RTBF, un petit nombre de mesures ciblées sur le carbone suie et le méthane offrent des bénéfices importants pour la santé et limitent la hausse des températures à court terme.

Attention toutefois aux fausses bonnes idées. Le chauffage au bois, souvent présenté comme peu émetteur de CO₂ d'origine fossile, peut dégager beaucoup de particules fines dans un appareil ancien. D'où l'intérêt de politiques qui traitent l'air et le climat ensemble. Les solutions contre la pollution de l'air qui fonctionnent réellement tiennent compte de ces deux enjeux.

Deux horloges, un seul combat

Le ciel bleu du confinement a montré à quelle vitesse l'air peut s'améliorer, et à quel point le climat, lui, résiste. Pollution et changement climatique ne sont pas le même problème, mais ils partagent les mêmes racines. Les distinguer permet d'éviter les fausses conclusions, et de choisir des solutions qui servent les deux causes. Reste une question : saurons-nous faire avancer les deux horloges dans le bon sens, au même rythme ?

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Sources et références

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