La vaquita LesPreuves ouvre une fenêtre tandis que l'air frais entre dans une pièce où brûlent une bougie et un spray ménager.
Illustration pédagogique fictive.Crédit : LesPreuves.

Qualité de l'air intérieur : ce que l'on respire chez soi

6 min de lecture

Un soir de pic de pollution, un couple ferme soigneusement toutes les fenêtres de son appartement pour se protéger de l'air extérieur. Il allume une bougie parfumée, vaporise un désodorisant et fait cuire le dîner. Il pense s'être mis à l'abri. En réalité, ces activités peuvent accumuler des polluants dans le logement. Car l'air de nos logements, de nos écoles et de nos bureaux contient lui aussi de nombreuses substances, et nous y passons l'essentiel de notre vie. Voici ce que l'on respire chez soi, dans le cadre du dossier sur les pollutions invisibles du quotidien.

À retenir

  • Nous passons plus de 80 % de notre temps dans des espaces clos. Pour certains polluants, les concentrations intérieures peuvent dépasser celles de l'air extérieur.
  • Une estimation ancienne portant sur six polluants, reprise par Santé publique France, attribuait à l'air intérieur environ 20 000 décès et plus de 28 000 nouveaux cas de pathologies par an en France ; ce résultat n'est pas un bilan annuel actualisé de tous les polluants.
  • Aérer au moins dix minutes par jour, maintenir la ventilation, entretenir les appareils à combustion et réduire les émissions à la source sont les principaux gestes recommandés par les autorités sanitaires.

Nous vivons à l'intérieur

Selon Santé publique France, nous passons en moyenne plus de 80 % de notre temps dans des espaces clos : logement, école, bureau, transports, commerces. Selon une présentation de la DREAL Occitanie, les enfants y passent même en moyenne 90 % de leur temps, et, rapporté à leur poids, ils respirent davantage d'air qu'un adulte.

L'air intérieur n'est donc pas un air protégé. Les polluants et leurs concentrations diffèrent de ceux du dehors ; pour certaines substances, les niveaux peuvent être plus élevés dans les locaux.

D'où viennent les polluants intérieurs ?

Revenons à notre couple et à sa soirée. Chacun de ses gestes a ajouté des polluants à l'air de l'appartement. Les principales sources sont connues :

  • la combustion : chauffage au bois, chaudières, cuisinières au gaz, bougies, encens, tabac, qui émettent des particules, des oxydes d'azote et parfois du monoxyde de carbone ;
  • les matériaux et le mobilier : peintures, colles, vernis, meubles en aggloméré, moquettes, qui libèrent des composés organiques volatils, dont le formaldéhyde ;
  • les produits du quotidien : produits ménagers, désodorisants, parfums d'ambiance, cosmétiques en spray ;
  • l'humidité, qui favorise les moisissures ;
  • le radon, un gaz radioactif naturel qui peut s'infiltrer depuis le sol dans certaines régions.

L'air extérieur entre aussi dans nos logements, avec ce qui fait la pollution de l'air des villes : les particules fines et les polluants du trafic ne s'arrêtent pas aux fenêtres.

Quels effets sur la santé ?

Les effets dépendent du polluant, de la concentration, de la durée d'exposition et de la vulnérabilité de la personne. Le ministère de la Santé cite notamment l'asthme, les allergies respiratoires, l'irritation du nez et des voies respiratoires, ainsi que des effets cancérigènes pour certaines substances. Le monoxyde de carbone peut, lui, provoquer une intoxication aiguë grave.

Selon Santé publique France, une première estimation du fardeau sanitaire a été réalisée par l'Anses et l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur pour six polluants : le benzène, le trichloréthylène, le radon, le monoxyde de carbone, les particules et la fumée de tabac environnementale. Elle aboutissait à plus de 28 000 nouveaux cas de pathologies par an, environ 20 000 décès et un coût annuel d'environ 19 milliards d'euros.

Cette estimation ne couvre que six polluants et repose sur les données disponibles au moment de l'étude. Elle décrit un ordre de grandeur documenté, pas un compteur annuel actuel ni l'effet de chaque logement.

Le danger invisible : le monoxyde de carbone

Parmi ces polluants, l'un est particulièrement redoutable, car il est inodore, incolore et peut tuer rapidement : le monoxyde de carbone. Il est produit lors d'une combustion incomplète et peut s'accumuler en cas d'appareil défectueux, mal entretenu ou mal utilisé, ou d'évacuation insuffisante. Un article dédié au monoxyde de carbone est prévu dans ce dossier.

Isoler sans étouffer

Un paradoxe mérite d'être signalé. En rendant un logement plus étanche pour économiser l'énergie sans maintenir une ventilation adaptée, on peut réduire le renouvellement de l'air et concentrer les polluants. Le ministère de la Santé recommande donc de préserver la qualité de l'air intérieur lors des rénovations énergétiques, de vérifier la ventilation et de ne pas obstruer les entrées et sorties d'air.

Les gestes qui améliorent l'air intérieur

  • Aérer au moins dix minutes par jour, fenêtres grandes ouvertes, même en hiver.
  • Ne jamais boucher les entrées d'air et faire entretenir la ventilation.
  • Faire entretenir chaque année les appareils de chauffage et les conduits de fumée.
  • Limiter les sources : bougies, encens, désodorisants, produits en spray.
  • Aérer pendant et après la cuisine, le ménage, le bricolage ou la peinture.
  • Ne pas fumer à l'intérieur.

Un capteur de CO₂ peut aider à repérer un confinement de l'air dans une pièce occupée. Il ne mesure toutefois ni les particules, ni le radon, ni le monoxyde de carbone, ni l'ensemble des composés organiques volatils : ce n'est pas un détecteur universel de pollution intérieure.

Le paradoxe des fenêtres fermées

Revenons à notre couple et à ses fenêtres fermées un soir de pic de pollution. Pour un épisode habituel, le ministère de la Santé recommande de ne pas supprimer l'aération et la ventilation, mais de les pratiquer aux moments les moins pollués de la journée. Réduire les émissions à l'intérieur reste tout aussi important. L'air que nous respirons le plus est souvent celui des espaces clos : le renouveler sans multiplier les sources est le bon équilibre.

Dans le même dossier

Sources et références

Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.

Signaler une erreur

À lire aussi

Tous les articles

Vous choisissez si LesPreuves peut utiliser Google Analytics. Refuser la mesure d’audience ne limite pas l’accès aux articles.

En savoir plus sur la mesure d’audience