
Monoxyde de carbone : le gaz invisible des intoxications
Un soir d'hiver, une famille se plaint de maux de tête. La mère pense à un début de grippe, le père à la fatigue de la semaine, les enfants sont somnolents. Personne ne fait le lien avec la vieille chaudière de la cuisine, révisée pour la dernière fois il y a plusieurs années. Pourtant, c'est elle qui, en brûlant mal son gaz, libère dans l'appartement un gaz toxique silencieux : le monoxyde de carbone. Il n'a ni odeur, ni couleur, ni goût. On ne le détecte pas sans appareil. Chaque hiver, il intoxique des milliers de personnes en France. Voici comment le reconnaître, et surtout comment l'éviter, dans le cadre du dossier sur les pollutions invisibles du quotidien.
À retenir
- Chaque année en France, environ 3 000 personnes sont accidentellement intoxiquées au monoxyde de carbone et une centaine en décèdent, selon Santé publique France.
- Il est produit par tous les appareils à combustion (gaz, fioul, bois, charbon, essence, éthanol) mal entretenus, mal installés ou mal utilisés.
- En cas de suspicion : aérer, arrêter les appareils, sortir du logement et appeler le 15, le 18 ou le 112 (le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes).
Un gaz invisible, et redoutable
Le monoxyde de carbone (CO) se forme lors d'une combustion incomplète, quand un combustible brûle avec trop peu d'oxygène. Selon l'ARS Centre-Val de Loire, c'est un gaz asphyxiant extrêmement toxique : il prend la place de l'oxygène dans le sang. Tous les appareils fonctionnant au gaz, au fioul, au bois, au charbon, à l'essence ou à l'éthanol peuvent en émettre.
Il ne faut pas le confondre avec le dioxyde de carbone (CO₂), que nous expirons et qui n'est pas toxique aux concentrations habituelles. Le monoxyde de carbone, lui, peut tuer rapidement, parfois en quelques minutes selon les autorités sanitaires.
Combien de victimes ?
Selon Santé publique France, environ 3 000 personnes sont accidentellement intoxiquées au monoxyde de carbone chaque année en France et une centaine en décèdent. Le ministère de la Santé indique par ailleurs qu'environ 1 300 épisodes accidentels impliquant près de 3 000 personnes sont déclarés chaque année aux autorités sanitaires.
Le risque augmente à l'approche de l'hiver, avec l'utilisation des appareils de chauffage non électriques. Les groupes électrogènes, pompes à eau et autres moteurs thermiques peuvent aussi provoquer des intoxications s'ils sont utilisés dans un espace clos ou mal ventilé.
Reconnaître une intoxication
Revenons à notre famille et à ses maux de tête. Selon un communiqué du ministère de la Santé et du ministère de l'Intérieur, les symptômes sont des maux de tête, de la fatigue et des nausées, qui peuvent toucher plusieurs personnes du même foyer. Une intoxication importante peut conduire au coma et à la mort, parfois en quelques minutes.
Un signal d'alerte doit faire réagir : plusieurs personnes présentant les mêmes symptômes au même moment, qui s'améliorent quand on quitte le logement.
Que faire en cas de doute ?
Selon le même communiqué, il faut agir très vite :
- aérer immédiatement en ouvrant portes et fenêtres ;
- arrêter si possible les appareils à combustion ;
- évacuer les locaux ;
- appeler les secours : 15, 18 ou 112, et le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes.
Il est recommandé de ne réintégrer le logement qu'après le passage d'un professionnel.
Les gestes qui préviennent
Selon les recommandations de Santé publique France et du ministère de la Santé, l'essentiel tient en quelques règles :
- faire vérifier et entretenir chaque année les installations de chauffage, de production d'eau chaude et les conduits de fumée par un professionnel ;
- aérer le logement chaque jour et ne jamais boucher les entrées d'air ;
- respecter les consignes d'utilisation des appareils de chauffage et de cuisson, et ne jamais faire fonctionner en continu les chauffages d'appoint ;
- utiliser les groupes électrogènes uniquement à l'extérieur.
Selon l'ARS Bretagne, les intoxications sont souvent causées par des appareils non raccordés, utilisés de manière inadaptée, ou par des défauts d'entretien des conduits dans des locaux mal aérés. Un brasero, un barbecue ou un four ne doivent jamais servir à chauffer un logement.
Un polluant de l'air intérieur parmi d'autres
Le monoxyde de carbone fait partie des polluants pris en compte par l'Anses et l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur dans leur estimation du coût sanitaire de la pollution de nos logements. Les autres polluants de l'air que l'on respire chez soi sont présentés dans l'article sur la qualité de l'air intérieur. On le retrouve aussi, en plus faible quantité, dans l'air extérieur, parmi les principaux polluants de l'air.
Le soir où la chaudière a parlé
Revenons une dernière fois à notre famille. Sa soirée de maux de tête aurait pu mal finir. Elle aurait pu aussi ne jamais arriver, grâce à un simple contrôle annuel de la chaudière. Le monoxyde de carbone est l'un des rares polluants dont on peut presque entièrement se protéger, à condition de connaître ses règles. Et vous, à quand remonte le dernier entretien de votre chaudière ?
Dans le même dossier
Sources et références
- ARS Grand Est, communiqué de presse sur la prévention des intoxications au monoxyde de carbone, 4 novembre 2025
- ARS Centre-Val de Loire, communiqué « Monoxyde de carbone : un danger invisible, mais bien réel », 19 novembre 2025
- ARS Bretagne, communiqué sur les intoxications au monoxyde de carbone, 2025
- Santé publique France, « Intoxications au monoxyde de carbone. Adopter les bons gestes peut sauver des vies », 26 novembre 2025
- Ministère de l'Intérieur et ministère de la Santé, communiqué « Comment éviter les intoxications au monoxyde de carbone en hiver ? », 27 octobre 2016
- Ministère de la Santé, « Intoxications au monoxyde de carbone », mise à jour du 12 décembre 2024
Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.




