La vaquita, curieuse, examine des échantillons près d’un microscope dans un laboratoire.
La vaquita, curieuse, examine des échantillons près d’un microscope dans un laboratoire.Crédit : Illustration générée par IA pour LesPreuves.

Particules fines PM2,5 et PM10 : jusqu'où ces poussières invisibles entrent-elles dans notre corps ?

6 min de lecture

Un cheveu posé sur une feuille blanche paraît fin. Une particule de 2,5 micromètres est pourtant bien plus petite : isolée, elle échappe à l'œil nu. Ces poussières et gouttelettes, appelées PM2,5, retiennent l'attention des autorités sanitaires parce qu'une partie peut pénétrer profondément dans les poumons. Cet article prolonge notre dossier sur la pollution de l'air.

PM10, PM2,5 : un code secret facile à déchiffrer

Derrière ces sigles se cache une logique très simple. Les scientifiques trient les particules de l'air comme on trierait du sable avec des tamis de plus en plus fins.

  • Les PM10 regroupent toutes les particules de moins de 10 micromètres (µm). Un micromètre, c'est un millième de millimètre. Ces particules sont environ cinq à sept fois plus fines qu'un cheveu.
  • Les PM2,5 sont les particules de moins de 2,5 µm. Elles font partie des PM10, mais constituent leur fraction la plus fine, et la plus inquiétante.
  • Les particules ultrafines mesurent moins de 0,1 µm. Elles sont si minuscules qu'on les compte plutôt qu'on ne les pèse, et elles ont la taille d'un virus.

Autrement dit, les poupées russes de la pollution : les ultrafines sont dans les PM2,5, qui sont elles-mêmes dans les PM10.

D'où viennent ces particules ?

Toutes les particules ne naissent pas de la même manière, et c'est ce qui les rend si difficiles à combattre.

Les plus grosses (entre 2,5 et 10 µm) sont surtout produites mécaniquement. Un pneu qui s'use sur le bitume, une plaquette de frein qui frotte, un chantier qui soulève la poussière, le vent qui balaie un champ labouré : tout cela arrache des fragments de matière qui finissent en suspension.

Les plus fines, elles, naissent presque toujours du feu ou de la chimie. Quand on brûle du bois, du gazole ou du fioul, la combustion est rarement parfaite. Elle libère des nuées de suie et de composés organiques. C'est pourquoi un vieux poêle à bois est l'une des principales sources de PM2,5 en hiver.

Mais une partie importante des particules fines n'est émise par personne. Elles se fabriquent directement dans le ciel. Au printemps, par exemple, l'ammoniac libéré par les épandages agricoles réagit avec des acides issus notamment des oxydes d'azote pour former de nouvelles particules. Les chimistes les appellent des particules secondaires. Voilà pourquoi un pic de particules peut frapper une ville même quand le trafic est calme. Le rôle de chaque activité est détaillé dans notre article sur les sources de la pollution de l'air.

Le grand voyage à l'intérieur du corps

Pour comprendre comment la taille influence le dépôt, suivons trois particules inhalées au même moment.

Une particule grossière a davantage de chances d'être retenue dans les voies respiratoires supérieures, mais les PM10 peuvent aussi pénétrer dans le thorax. Le nez et la gorge ne sont pas des tamis parfaits.

Une PM2,5 peut atteindre les alvéoles pulmonaires, les petits sacs où ont lieu les échanges gazeux. Des cellules immunitaires, notamment les macrophages, contribuent à éliminer les particules déposées ; certaines persistent toutefois plus longtemps.

Pour les ultrafines, le passage d'une petite fraction vers d'autres compartiments de l'organisme est possible. Ce phénomène ne signifie pas que toutes les PM2,5 passent dans le sang. L'inflammation pulmonaire peut également avoir des effets à distance.

Ce voyage n'est pas sans conséquences. Face à ces corps étrangers, l'organisme réagit par une inflammation. Répétée des milliers de fois par jour, pendant des années, cette inflammation chronique favorise les maladies respiratoires et cardiovasculaires. Poumons, cœur et vaisseaux : notre dossier santé fait le point sur ce que dit la science.

Pourquoi on se méfie tant des PM2,5

Si les autorités sanitaires surveillent de si près les PM2,5, c'est qu'elles sont au cœur des bilans les plus lourds. En France, Santé publique France estime qu'environ 40 000 décès par an sont attribuables à l'exposition aux PM2,5 chez les personnes de 30 ans et plus, sur la période 2016-2019, soit près de 8 mois d'espérance de vie perdus en moyenne.

Les PM2,5 peuvent rester en suspension plusieurs jours et être transportées loin de leur source, selon la météo et leur élimination par les pluies ou le dépôt au sol. Ce transport explique pourquoi les fumées d'incendies peuvent affecter des territoires éloignés du feu.

Des seuils qui se durcissent

Des effets sanitaires sont observés même à faible concentration. Une valeur réglementaire ne constitue donc pas une frontière entre un air dangereux et un air sans risque. C'est pour cette raison que l'Organisation mondiale de la santé recommande désormais de ne pas dépasser 5 µg/m³ de PM2,5 en moyenne annuelle.

L'Europe s'en rapproche progressivement. Sa nouvelle directive fixe pour 2030 une valeur limite annuelle de 10 µg/m³ pour les PM2,5, contre une valeur limite actuelle de 25 µg/m³ (la réglementation française fixe par ailleurs une valeur cible de 20 µg/m³), et de 20 µg/m³ pour les PM10. Pour la première fois, elle crée aussi un seuil d'alerte spécifique aux PM2,5. Les nouvelles normes de 2030 et les solutions qui ont fait leurs preuves sont présentées dans notre dossier sur la réduction de la pollution de l'air.

Comment limiter son exposition au quotidien ?

On ne peut pas arrêter de respirer, mais on peut réduire la dose.

  • Éviter les grands axes pour marcher, courir ou faire du vélo. Même une rue parallèle, moins fréquentée, fait une vraie différence.
  • Consulter l'indice de qualité de l'air avant une activité sportive intense, surtout en hiver et au printemps. L'indice ATMO et ses six niveaux sont expliqués dans notre article sur la mesure de la qualité de l'air.
  • Moderniser son chauffage au bois : un appareil récent et labellisé émet beaucoup moins de particules qu'une cheminée ouverte.
  • Aérer quand même son logement, de préférence en dehors des heures de pointe : l'air intérieur contient lui aussi des particules, issues notamment de la cuisson et des bougies.

Une poussière qui en dit long

Réduire les particules exige d'agir sur les combustions, l'usure mécanique et les précurseurs gazeux. Pour un habitant, les concentrations locales et la durée d'exposition comptent davantage qu'une impression de ciel clair. Les cartes de surveillance complètent utilement ce que nos sens perçoivent.

Pour approfondir

Sources et références

Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.

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