La vaquita observe un potager en bac et un flacon fermé de terre dans une cour, pour illustrer les précautions de jardinage.
Illustration pédagogique : ni un terrain réel, ni un relevé scientifique de contamination.Crédit : LesPreuves.

Cultiver un potager sur un sol pollué : quels risques réels, quelles précautions ?

5 min de lecture

Imaginons un samedi de printemps, dans un jardin partagé en périphérie d'une grande ville. Des familles bêchent, sèment des radis, repiquent des salades. Un enfant de trois ans joue dans la terre à côté de sa mère. Puis la mairie publie les résultats d'une étude : les sols du secteur contiennent plus de plomb que la moyenne régionale. Faut-il arrêter de manger les légumes ? Interdire le jardin ? La réponse des autorités sanitaires surprend souvent : le principal risque ne vient pas forcément des légumes, mais de la terre elle-même, et de la poussière qu'elle produit. Voici ce que disent les études, et les gestes qui protègent. Un enjeu très concret de la pollution des sols.

À retenir

  • Selon un rapport du Haut Conseil de la santé publique cité par l'ARS Île-de-France, sur des sols pollués au plomb, le risque vient davantage de l'ingestion de terre et de poussières que de la consommation des légumes.
  • Les jeunes enfants sont les plus exposés, en raison du réflexe de porter les mains et les objets à la bouche.
  • Se laver les mains, laver et éplucher les légumes, et varier la provenance de son alimentation aident à réduire l'exposition.

Le vrai risque n'est pas toujours dans l'assiette

On imagine souvent que le danger vient des légumes, qui absorberaient les polluants du sol par leurs racines. Pour le plomb, l’ingestion de terre et de poussières peut toutefois peser davantage.

Selon une présentation de l'ARS Île-de-France, qui s'appuie sur un rapport du Haut Conseil de la santé publique de juin 2014, pour des sols pollués au plomb le risque sanitaire est plus élevé par l'ingestion de poussières que par la consommation des légumes cultivés sur ces sols. La même présentation précise que le transfert du plomb vers les plantes varie selon les espèces, et que les légumes les plus sensibles sont la laitue, les radis, les carottes et les poireaux.

Autrement dit, la terre sur les mains, la poussière rapportée à la maison et les particules collées aux légumes mal lavés comptent souvent davantage que ce que la plante a absorbé.

Les enfants, premiers concernés

Revenons à l'enfant qui joue dans la terre. À cet âge, on porte tout à la bouche : les mains, les jouets, parfois la terre elle-même. C'est pourquoi les jeunes enfants sont les plus exposés, et les plus sensibles, notamment au plomb, qui peut freiner leur développement.

Lors d'une pollution au plomb dans les Deux-Sèvres, l'ARS Nouvelle-Aquitaine recommandait ainsi en priorité des dépistages pour les enfants de 6 mois à 6 ans et les femmes enceintes.

L'exemple de la plaine de Pierrelaye

Au nord-ouest de Paris, la plaine de Pierrelaye-Bessancourt a reçu pendant environ un siècle des épandages d'eaux usées. Dans une étude publiée en 2018 par Santé publique France, la teneur moyenne en plomb de surface atteint 156,6 mg/kg pour l’ensemble des trois zones étudiées : Achères, Méry-sur-Oise–Pierrelaye et Triel-sur-Seine–Carrières-sous-Poissy. La valeur de comparaison de 53,7 mg/kg correspond au 95e percentile d’un référentiel régional, pas à une moyenne ni à un seuil sanitaire universel. Santé publique France recommandait notamment de se laver fréquemment les mains, de couper court les ongles des enfants, de bien laver et éplucher les fruits et légumes produits localement et d'en consommer de façon modérée.

Les gestes qui protègent

Les recommandations des autorités sanitaires se ressemblent d'un site à l'autre. Selon l'ARS Nouvelle-Aquitaine et l'ARS Île-de-France :

Au jardin et à la maison

  • se laver les mains, et celles des enfants, surtout avant les repas, et garder les ongles courts ;
  • enlever ou essuyer ses chaussures en rentrant ;
  • nettoyer les sols intérieurs avec une serpillière humide plutôt qu'en balayant à sec ;
  • éviter de laisser les enfants jouer sur un sol nu, et nettoyer souvent leurs jouets.

Pour les légumes

  • laver soigneusement les fruits et légumes, et éplucher les légumes-racines ;
  • varier la provenance de son alimentation, sans consommer exclusivement les légumes du jardin ;
  • veiller à un bon équilibre alimentaire, car les carences en fer et en calcium favorisent l'absorption du plomb.

Pour l'eau

  • ne pas boire l'eau d'un puits privé non contrôlé, qui doit être considérée par précaution comme non potable, contrairement à l'eau du réseau public, dont chacun peut vérifier la qualité commune par commune.

Et si l'on veut en avoir le cœur net ?

Avant de créer un potager, notamment en ville ou près d'une ancienne activité industrielle, il est utile de connaître l'histoire du terrain. Le portail Géorisques permet de repérer les anciens sites industriels à proximité, comme l'explique le guide pour savoir si un terrain est pollué. En cas de doute, une analyse de terre par un laboratoire spécialisé permet de mesurer les principaux métaux.

Si le sol est pollué, une solution courante consiste à cultiver en bacs surélevés, remplis de terre saine, séparés du sol d'origine. Il faut alors veiller à ce que cette terre d'apport soit elle-même de bonne qualité.

Ne pas s'alarmer, ne pas ignorer

Revenons au jardin partagé. La conduite à tenir dépend des polluants, de leurs concentrations et de l’usage du terrain ; il faut suivre les consignes locales des autorités sanitaires. Dans sa présentation diffusée à Meudon en 2024, l'ARS indiquait ne pas voir de risque sanitaire lié au plomb pour une consommation de légumes autoproduits, dans le cadre d'une alimentation variée. Ce constat local ne permet pas de déclarer sûr un autre potager sur un sol pollué. La question devient alors : connaissez-vous vraiment la terre dans laquelle vous plantez ?

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Sources et références

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