La vaquita LesPreuves observe un bidon fermé dans un pavillon agricole, près d’un carnet et d’une loupe, devant des cultures.
Illustration pédagogique fictive : le bidon fermé ne représente aucune substance ni expérimentation réelle.Crédit : LesPreuves.

Pesticides : définition, usages et ce que l'on sait vraiment de leurs effets sur la santé

6 min de lecture

Imaginons un agriculteur qui, après trente ans de métier, commence à trembler de la main droite. Le diagnostic tombe : maladie de Parkinson. Pendant des années, il a préparé et pulvérisé des pesticides sur ses cultures, comme des milliers d'autres. Cette situation fictive ne suffit pas à attribuer sa maladie à une cause unique. En France, la maladie de Parkinson provoquée par les pesticides figure toutefois dans le tableau 58 du régime agricole, créé en 2012 et modifié en décembre 2025, avec des conditions de reconnaissance précises. Cette évolution s'appuie sur des années de recherche. Voici ce que sont les pesticides, et ce que la science en dit, dans le cadre du dossier sur la pollution chimique.

À retenir

  • Un pesticide est une substance destinée à éliminer ou repousser des organismes jugés nuisibles : mauvaises herbes (herbicides), insectes (insecticides), champignons (fongicides).
  • Selon l'expertise collective de l'Inserm de 2021, il existe une présomption forte de lien entre l'exposition professionnelle aux pesticides et six groupes de pathologies, dont la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate et certains lymphomes.
  • Les preuves varient selon les populations et les maladies. PestiRiv, publié en 2025, documente une exposition plus forte près des vignes ; il ne mesure pas directement les maladies qui en résulteraient.

Qu'est-ce qu'un pesticide ?

Le mot vient du latin pestis, le fléau, et du suffixe -cide, qui tue. Un pesticide est une substance, ou un mélange, destinée à éliminer, repousser ou contrôler des organismes jugés nuisibles. On en distingue plusieurs familles :

Qu'est-ce qu'un pesticide ?
FamilleCibleExemple
HerbicidesMauvaises herbesGlyphosate
InsecticidesInsectesChlordécone (aujourd'hui interdit)
FongicidesChampignonsFongicides SDHI

En agriculture, on parle aussi de produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques. Mais le mot pesticides est plus large : il peut aussi désigner des biocides, comme certains traitements du bois ou insecticides ménagers, ainsi que des antiparasitaires à usage vétérinaire. Ces usages relèvent de cadres réglementaires distincts.

Où vont-ils une fois épandus ?

Une partie du pesticide atteint sa cible ; une autre peut se disperser dans l'air ou atteindre les sols et les eaux. Lors de la pulvérisation ou après application, ces transferts contribuent à la pollution de l'air. Des résidus peuvent aussi rejoindre les nappes et les rivières, avec des enjeux distincts pour les nitrates et les pesticides dans l'eau du robinet et les pesticides et engrais dans les sols agricoles.

Ce que dit l'Inserm

Pour faire le point sur leurs effets, l'Inserm a publié en 2021 une expertise collective, qui actualise celle de 2013. Selon la synthèse de l'Inserm, elle confirme une présomption forte de lien entre l'exposition professionnelle aux pesticides et quatre maladies : les lymphomes non hodgkiniens, le myélome multiple, le cancer de la prostate et la maladie de Parkinson. Elle met aussi en évidence une présomption forte pour deux autres pathologies : les troubles cognitifs et la bronchopneumopathie chronique obstructive, une maladie respiratoire, ainsi que la bronchite chronique.

L'expertise relève également une présomption moyenne de lien avec la maladie d'Alzheimer, les troubles anxio-dépressifs, certains cancers (leucémies, système nerveux central, vessie, rein, sarcomes des tissus mous), l'asthme et des pathologies thyroïdiennes.

Il faut bien comprendre ce que signifie « présomption » : ce n'est pas une certitude absolue, mais un niveau de preuve qui tient compte du nombre et de la qualité des études. Les experts utilisent trois niveaux : forte, moyenne et faible. Ces conclusions portent sur des populations et des expositions étudiées, y compris à des produits anciens. Elles ne signifient pas que tous les pesticides provoquent les mêmes effets.

Les agriculteurs, premiers exposés

Revenons à notre agriculteur. Les professionnels qui manipulent régulièrement les produits font partie des populations particulièrement exposées. En France, le tableau 58 du régime agricole prévoit la reconnaissance de la maladie de Parkinson sous conditions. Sa version issue du décret du 17 décembre 2025 prévoit un délai de prise en charge de vingt ans, entre la fin de l'exposition et la survenue de la maladie, et une durée d'exposition de dix ans. Un diagnostic confirmé par un neurologue est requis ; le dossier doit être examiné au regard de l'ensemble des critères.

Le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides accompagne les démarches de reconnaissance et d'indemnisation en France. Il concerne des expositions professionnelles et, sous conditions, des enfants exposés avant leur naissance du fait de l'activité professionnelle d'un parent. La reconnaissance ne découle pas automatiquement du seul fait d'avoir utilisé un pesticide.

Et les riverains ?

C'est l'une des questions les plus sensibles. En 2021, l'Inserm relevait des liens suggérés avec certaines maladies chez les riverains, notamment Parkinson, mais une présomption faible en raison des limites de mesure de l'exposition. Ce constat ne doit pas être étendu à toutes les situations : l'expertise concluait aussi à une présomption forte pour certains cancers de l'enfant associés à des expositions pendant la grossesse ou l'enfance, et pour certains troubles du développement liés à des familles de pesticides.

Les résultats de PestiRiv, publiés en septembre 2025, apportent des données d'exposition : les personnes vivant près des vignes étudiées étaient davantage exposées que celles vivant loin de toute culture, surtout en période de traitement. L'étude mesure des contaminations et une imprégnation biologique, c'est-à-dire la présence de substances ou de leurs traces dans le corps. Elle ne démontre pas directement une maladie chez les participants. Les agences recommandent d'agir sur les émissions, sans faire reposer la prévention sur les seules mesures individuelles.

Et dans l'assiette ?

Dans l'Union européenne, les résidus de pesticides dans l'alimentation font l'objet de limites maximales réglementaires et de contrôles. La différence entre un dépassement réglementaire et l'évaluation d'un risque sanitaire est expliquée par les seuils, normes et valeurs limites. Laver, éplucher lorsque cela convient et varier les aliments et leurs provenances peuvent contribuer à limiter certaines expositions. Ces gestes ne remplacent ni les contrôles ni la réduction des contaminations à la source.

Deux substances emblématiques

Deux pesticides illustrent à eux seuls les débats scientifiques et politiques. Le glyphosate, herbicide au cœur de débats sur l'évaluation des dangers et des risques. Et le chlordécone, qui a durablement contaminé les milieux en Guadeloupe et en Martinique.

Protéger sans tout interdire ?

Revenons une dernière fois à notre agriculteur. Son histoire montre que la connaissance scientifique progresse, souvent plus lentement que les expositions. Les pesticides restent aujourd'hui des outils largement utilisés en agriculture, et leur réduction suppose des alternatives. La question devient alors : comment protéger à la fois les cultures, ceux qui les cultivent et ceux qui vivent à côté ?

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Sources et références

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