La vaquita observe un globe entouré de milieux polaires, tropicaux, insulaires, océaniques et de savane.
La vaquita observe un globe entouré de milieux polaires, tropicaux, insulaires, océaniques et de savane.Crédit : LesPreuves.

Combien d’animaux existe-t-il sur Terre ? Ce que l’on sait vraiment

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Combien d’espèces animales vivent sur Terre ? La question paraît simple, mais aucun inventaire mondial ne peut encore y répondre définitivement. Les scientifiques disposent de listes d’espèces décrites, de bases d’observations et de modèles qui tentent d’estimer ce qui échappe encore aux inventaires. Ces trois objets ne mesurent pas la même chose. Les distinguer permet de comprendre à la fois l’immense diversité du monde animal et les limites de notre connaissance.

Plus de 1,5 million d’espèces décrites dans les groupes suivis

Le tableau 1a de la Liste rouge de l’UICN, version 2025-1, estimait 76 289 espèces décrites dans cinq grands groupes de vertébrés et 1 474 567 dans les groupes d’invertébrés qu’il réunit. Leur somme atteint environ 1,55 million d’espèces animales décrites. Ce nombre est daté et dépend des sources taxonomiques retenues par l’UICN. Il peut évoluer lorsqu’une espèce nouvelle est décrite, lorsque deux noms deviennent synonymes ou lorsqu’un groupe est révisé.

Espèces décrites dans les grands groupes animaux suivis par l’UICN, version 2025-1.
Grand groupe suivi par l’UICNEspèces décrites, estimation 2025-1
Insectes1 003 612
Autres invertébrés du tableau470 955
Poissons37 109
Reptiles12 386
Oiseaux11 195
Amphibiens8 863
Mammifères6 736

Le contraste saute aux yeux : les insectes dépassent à eux seuls le million d’espèces décrites, alors que les mammifères en comptent quelques milliers. Pourtant, les photographies, documentaires et musées mettent souvent les grands vertébrés au premier plan. Notre perception de la diversité animale est donc très différente de sa structure dans les inventaires.

Il faut aussi distinguer « décrite » et « évaluée ». Une espèce décrite possède un nom et une description taxonomique reconnue dans une source donnée. Une espèce évaluée par l’UICN a fait l’objet d’une analyse de son risque d’extinction selon les critères de la Liste rouge. Dans la version 2025-1, la couverture de l’évaluation atteignait 89 % pour les mammifères mais seulement 1,3 % pour les insectes. Le nombre d’espèces connues ne dit donc pas, à lui seul, combien ont été étudiées sous l’angle de la conservation.

Le chiffre de 7,77 millions est une estimation, pas un comptage

En 2011, Camilo Mora et ses collègues ont proposé environ 7,77 millions d’espèces animales sur Terre. Leur méthode extrapolait le nombre attendu d’espèces à partir de la relation observée entre plusieurs rangs taxonomiques, du phylum au genre. L’étude estimait aussi que la plupart des espèces restaient alors à décrire.

Ce résultat est devenu un repère fréquent, mais il ne faut pas le transformer en total définitif. Les auteurs eux-mêmes donnaient une incertitude à leur estimation générale des espèces eucaryotes, et les modèles de richesse mondiale dépendent de la qualité des bases taxonomiques ainsi que des hypothèses retenues. Une revue publiée en 2023 dans PLOS Biology a rappelé que les approches moléculaires peuvent révéler des diversités bien supérieures dans certains groupes, notamment chez les organismes microscopiques ou parasites. Les deux textes ne mesurent pas toujours exactement le même périmètre.

Dire qu’« environ quatre espèces animales sur cinq restent à décrire » donne un ordre de grandeur en comparant l’estimation de 2011 aux inventaires actuels. Cette fraction n’est pas une observation directe. Elle changera avec les nouvelles descriptions, les révisions taxonomiques et les méthodes d’estimation.

Où vivent les animaux ? Les cartes reflètent aussi nos observations

Le climat, l’altitude, les océans, les sols, l’histoire géologique et les barrières naturelles influencent la répartition des espèces. L’isolement des îles peut favoriser l’endémisme, c’est-à-dire la présence d’espèces limitées à un territoire. Les régions polaires, les forêts tropicales, les récifs coralliens et les déserts n’abritent pas les mêmes assemblages d’animaux.

Une carte mondiale d’observations ne représente toutefois pas directement toute la biodiversité. Le GBIF met à disposition des données de présence partagées par de nombreuses institutions et communautés. Ces données sont précieuses, mais leur densité dépend des lieux prospectés, des groupes étudiés, des moyens disponibles et de la publication des résultats. Une zone contenant peu de points peut être pauvre en observations plutôt qu’en espèces.

Les océans illustrent bien cette difficulté. Les grands fonds et la pleine mer sont beaucoup moins accessibles que les côtes. Une étude fondée sur plusieurs millions de données marines a ainsi montré une sous-exploration chronique de l’océan pélagique profond. L’absence d’enregistrement ne prouve donc pas l’absence d’un animal.

Des régions emblématiques, sans catalogue figé

Madagascar est connu pour ses lémuriens, l’Australie pour ses marsupiaux et monotrèmes, la Nouvelle-Zélande pour le kiwi et le sphénodon, les Galápagos pour leurs tortues géantes et iguanes marins. Ces exemples aident à comprendre l’endémisme, mais chaque région abrite aussi une multitude d’espèces moins célèbres. Une liste d’animaux emblématiques ne doit pas devenir une frontière biogéographique simpliste.

La France offre le même contraste. L’Hexagone abrite notamment des ongulés, des carnivores, des oiseaux et une faune marine variée. Les territoires ultramarins étendent cette diversité à la forêt amazonienne, aux récifs coralliens et à plusieurs archipels. L’Office français de la biodiversité rappelle que les Outre-mer concentrent une grande part de la biodiversité française et présentent un niveau d’endémisme élevé. Parler des « animaux de France » sans préciser le territoire ferait donc disparaître une partie essentielle du tableau.

Un inventaire vivant plutôt qu’un chiffre final

Les quelque 1,55 million d’espèces animales décrites dans les groupes recensés par l’UICN donnent un socle documenté. L’estimation de plusieurs millions d’espèces supplémentaires rappelle tout ce que les inventaires ne couvrent pas encore. Entre les deux se trouve le travail quotidien des taxonomistes, des musées, des bases de données et des observateurs de terrain.

La meilleure réponse à la question du titre reste donc double : nous connaissons déjà plus d’un million et demi d’espèces animales décrites dans ces grands groupes, mais le nombre total vivant sur Terre demeure incertain. Chaque nouvelle description affine la carte sans la terminer.

Pour poursuivre l’exploration

Le guide des ordres et sous-ordres des animaux explique comment lire les groupes zoologiques. Pour une entrée plus ludique, parcourez aussi l’alphabet des animaux de A à Z.

Vue d’ensemble

Pour réunir ces estimations avec les noms et la classification, consultez la liste générale des animaux et ses cinq repères de lecture.

Sources et références

Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.

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