
Pollution numérique : ce que pèsent vraiment nos écrans
Il y a quelques années, une idée a fait le tour des réseaux sociaux : pour sauver la planète, il faudrait vider sa boîte mail. Chaque courriel stocké, disait-on, consommerait de l'énergie et polluerait. Beaucoup ont passé des soirées à supprimer leurs vieux messages. Le geste partait d'une bonne intention, mais il réduisait un problème matériel à une seule habitude. L'empreinte du numérique se partage surtout entre les appareils que nous achetons et les centres de données qui font fonctionner les services. Voici ce que pèse vraiment le numérique, dans le cadre du dossier sur les pollutions invisibles du quotidien.
À retenir
- Selon l'actualisation publiée par l'ADEME en janvier 2025, le numérique représentait 4,4 % de l'empreinte carbone de la France en 2022, soit 29,5 millions de tonnes équivalent CO₂.
- Les terminaux comptaient pour 50 % de cette empreinte, les centres de données pour 46 % et les réseaux pour 4 %.
- À l'échelle mondiale, 62 millions de tonnes de déchets électroniques ont été produites en 2022 ; 22,3 % seulement ont été documentées comme formellement collectées et recyclées.
Une pollution qui se passe ailleurs
Le numérique ne fume pas et ne rejette rien dans notre salon. C'est ce qui le rend si difficile à percevoir. Son impact se produit ailleurs : dans les mines où l'on extrait les métaux, dans les usines qui assemblent les composants, dans les centrales qui produisent l'électricité, et dans les décharges où finissent une partie des appareils. C'est pourquoi l'expression « pollution numérique » désigne surtout l'empreinte environnementale du numérique, comme l'explique le panorama des différents types de pollution.
4,4 % de l'empreinte carbone de la France
L'actualisation publiée en janvier 2025 par l'ADEME évalue à 29,5 millions de tonnes équivalent CO₂ l'empreinte du numérique liée aux usages français en 2022, soit 4,4 % de l'empreinte carbone nationale. L'étude ne se limite pas au climat : elle examine aussi les ressources mobilisées, la consommation d'électricité et d'autres pressions environnementales.
Le précédent ordre de grandeur, 2,5 % pour 2020, n'est donc pas une base propre pour calculer une hausse. La mise à jour intègre notamment les centres de données situés à l'étranger qui servent les usages français, alors que l'ancienne méthode ne les couvrait pas de la même façon. L'Arcep reprend cette répartition actualisée dans son enquête 2025.
Les appareils restent le premier poste, de peu
Revenons à nos courriels supprimés. Dans l'évaluation actualisée, les terminaux représentent 50 % de l'empreinte carbone du numérique : 42 points sont liés à leur fabrication et 8 points à leur utilisation. Les centres de données arrivent presque au même niveau, avec 46 %, tandis que les réseaux comptent pour 4 %. La fabrication des téléphones, ordinateurs, tablettes et téléviseurs demeure donc un poste majeur, sans que l'on puisse désormais reléguer les centres de données au second plan.
Prolonger la durée de vie d'un appareil réduit le besoin d'en fabriquer un neuf. C'est un levier plus directement relié aux postes mesurés que le tri ponctuel d'une boîte mail, dont l'effet dépend du stockage réellement évité et de l'infrastructure concernée.
Et les centres de données ?
Les centres de données, ces bâtiments remplis de serveurs qui stockent et traitent nos informations, représentaient 46 % de l'empreinte française évaluée pour 2022. À l'échelle mondiale, leur consommation augmente rapidement. Selon l'Agence internationale de l'énergie, ils ont consommé environ 485 térawattheures en 2025. Son scénario central approche 950 térawattheures en 2030, soit presque un doublement en cinq ans ; les centres spécialisés dans l'IA progresseraient encore plus vite. Les enjeux propres à l'IA sont détaillés dans l'article sur l'IA et l'environnement.
Et les déchets ?
Le numérique produit aussi une montagne de déchets. Selon le Global E-waste Monitor 2024 de l'UIT et de l'UNITAR, 62 millions de tonnes de déchets électroniques ont été produites dans le monde en 2022. Seuls 22,3 % ont été documentés comme formellement collectés et recyclés dans des conditions respectueuses de l'environnement. Leur devenir est raconté dans l'article sur les déchets électroniques.
Ce qui compte vraiment
À la lumière de ces chiffres, les priorités sont claires :
- Garder ses appareils plus longtemps, pour retarder la fabrication d'un remplacement.
- Réparer, ou acheter reconditionné, plutôt que neuf.
- Limiter le nombre d'écrans dans un foyer.
- Recycler correctement les appareils en fin de vie.
Les usages comptent eux aussi, notamment parce qu'ils sollicitent les centres de données et les réseaux. Leur poids varie selon le service, la durée, la définition de l'image et le mix électrique. Les gestes concrets sont détaillés dans l'article sur le numérique responsable.
Le tri des courriels, revisité
Revenons à ceux qui ont passé leurs soirées à vider leur boîte mail. Leur geste n'était pas absurde, mais il ne suffit pas à traiter les principaux postes mesurés. La pollution numérique se cache autant dans l'objet tenu en main que dans les infrastructures qui répondent à nos requêtes. Avant le prochain achat, une question reste donc utile : l'appareil actuel peut-il encore servir, être réparé ou transmis ?
Dans le même dossier
Sources et références
- ADEME, « Numérique : quel impact environnemental en 2022 ? », janvier 2025
- Arcep, enquête annuelle « Pour un numérique soutenable », édition 2025
- Agence internationale de l'énergie, « Key Questions on Energy and AI », avril 2026
- UIT et UNITAR, Global E-waste Monitor 2024
Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.




