La vaquita préoccupée observe un modèle pédagogique de poumons posé sur une table.
La vaquita préoccupée observe un modèle pédagogique de poumons posé sur une table.Crédit : Illustration générée par IA pour LesPreuves.

Asthme, infarctus, AVC : comment la pollution de l'air abîme notre santé année après année

5 min de lecture

Au printemps 2020, le trafic chute avec le premier confinement. Cette rupture offre aux chercheurs un point de comparaison inhabituel : quelle part du risque sanitaire diminuerait avec les concentrations de polluants ? La réponse passe par une estimation statistique, et non par le comptage de personnes dont on saurait qu'elles ont été « sauvées ». Cet article prolonge notre dossier sur la pollution de l'air.

Une expérience que personne n'aurait osé organiser

Pendant le premier confinement, les émissions liées au trafic routier ont fortement diminué. Santé publique France a estimé les effets sanitaires attendus des changements de concentrations. Selon leurs estimations, environ 2 300 décès liés aux particules fines et 1 200 décès liés au dioxyde d'azote auraient été évités grâce à cette amélioration temporaire de l'air.

Il s'agit d'estimations issues d'une évaluation d'impact sanitaire, et non de décès comptés un à un. Santé publique France précise que ces bénéfices tiennent surtout à des effets évités à plus long terme, et dans une moindre mesure à des effets de court terme, comme la décompensation de maladies déjà présentes.

Comment un grain invisible peut rendre malade

Pour comprendre les effets de la pollution sur la santé, il faut imaginer une agression minuscule, mais répétée des milliers de fois par jour.

Quand une particule fine atteint le fond de nos poumons, les cellules de défense la repèrent comme un intrus. Elles déclenchent alors une inflammation, une réaction d'alarme destinée à éliminer l'ennemi. Certains polluants, comme l'ozone, provoquent aussi un stress oxydant : ils abîment directement les membranes de nos cellules.

L'inflammation est une réaction de défense, mais une exposition brève peut déjà déclencher une crise d'asthme ou aggraver une maladie cardiovasculaire. Le problème, c'est qu'avec la pollution, l'alarme ne s'arrête jamais vraiment. Jour après jour, année après année, cette inflammation de bas bruit finit par abîmer les tissus et fragiliser tout l'organisme. Le trajet de ces particules jusqu'aux alvéoles est détaillé dans notre article sur les PM2,5 et les PM10.

Les poumons, première ligne de front

Logiquement, les voies respiratoires sont les premières touchées. La pollution de l'air :

  • déclenche et aggrave les crises d'asthme, en particulier chez l'enfant ;
  • favorise la bronchite chronique et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ;
  • augmente le risque d'infections respiratoires ;
  • ralentit le développement pulmonaire des enfants qui grandissent près des grands axes.

Elle est aussi une cause reconnue de cancer du poumon. Depuis 2013, le Centre international de recherche sur le cancer classe la pollution de l'air extérieur parmi les agents cancérogènes certains pour l'être humain.

Le cœur, la cible qu'on n'attendait pas

Dans le bilan mondial de l'OMS pour 2019, les maladies cardiaques ischémiques et les AVC représentent ensemble la majorité des décès attribués à la pollution extérieure. Le cœur et les vaisseaux occupent donc une place centrale dans ce risque.

Les effets cardiovasculaires peuvent notamment passer par l'inflammation, le stress oxydant et des perturbations du fonctionnement des vaisseaux. Le passage de certaines particules ultrafines n'est qu'une voie possible parmi d'autres. L'OMS associe l'exposition aux particules fines à un risque accru de maladies cardiaques et d'AVC.

Et le cerveau ?

Les effets neurologiques sont également étudiés. Une synthèse de l'OMS décrit des liens croissants avec des troubles du développement neurologique et de la cognition. Ces résultats ne permettent pas d'attribuer le trouble d'une personne à sa seule exposition : les méthodes, les autres facteurs de risque et les mécanismes biologiques doivent être examinés ensemble.

Qui est le plus vulnérable ?

Nous ne sommes pas tous égaux face à la pollution. Les plus exposés aux risques sont :

  • les enfants, qui respirent plus vite que les adultes et dont les poumons sont encore en développement ;
  • les femmes enceintes, la pollution étant associée à des naissances prématurées et à un faible poids de naissance ;
  • les personnes âgées ;
  • les personnes souffrant de maladies respiratoires ou cardiaques ;
  • les habitants et travailleurs situés près des grands axes routiers ou des sites industriels.

Les chiffres en France

Santé publique France estime qu'environ 40 000 décès par an sont attribuables à l'exposition aux particules fines PM2,5 chez les personnes de 30 ans et plus, en France métropolitaine, sur la période 2016-2019, avec près de 8 mois d'espérance de vie perdus en moyenne. La même étude attribue environ 7 000 décès par an au dioxyde d'azote. Ces deux chiffres ne s'additionnent pas simplement, car les deux polluants sont souvent présents ensemble et leurs effets se recoupent.

Ces bilans ne signifient pas que 40 000 personnes meurent « d'une crise de pollution ». Ils traduisent le fait que la pollution avance l'heure de décès liés à des maladies qu'elle favorise, comme les maladies cardiaques ou respiratoires.

Se protéger sans s'enfermer

Faut-il arrêter le sport ou vivre fenêtres fermées ? Non. Les bienfaits de l'activité physique restent bien supérieurs aux risques dans la grande majorité des cas. Quelques réflexes suffisent à réduire son exposition :

  • privilégier les rues calmes et les parcs plutôt que les grands boulevards ;
  • adapter ses efforts les jours de pic, surtout pour les personnes fragiles . Les bons réflexes à adopter figurent dans notre guide des pics de pollution.
  • aérer son logement chaque jour, en dehors des heures de pointe ;
  • demander conseil à son médecin en cas d'asthme ou de maladie chronique.

Une menace silencieuse, mais réversible

La pollution peut produire des symptômes rapides, mais une grande partie de son poids sanitaire se construit au fil des années. Les estimations du confinement illustrent les bénéfices attendus d'une réduction de l'exposition ; elles ne démontrent pas la réversibilité de chaque maladie. Pour une personne atteinte d'une maladie chronique, les conseils de son soignant complètent les recommandations générales.

Pour approfondir

Sources et références

Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.

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