La vaquita consulte une carte illustrative de la qualité de l’air sur une tablette.
La vaquita consulte une carte illustrative de la qualité de l’air sur une tablette.Crédit : Illustration générée par IA pour LesPreuves.

Comment mesure-t-on la qualité de l'air ? Dans les coulisses des chasseurs de pollution

7 min de lecture

Au bord d'un boulevard, entre un arrêt de bus et un feu rouge, se dresse une petite cabane grise hérissée de tuyaux. La plupart des passants ne la remarquent même pas. Pourtant, jour et nuit, sans jamais s'arrêter, elle prélève l'air de la ville et mesure plusieurs polluants. C'est grâce à elle, et à des centaines d'autres, que vous pouvez consulter chaque matin sur votre téléphone la qualité de l'air estimée près de chez vous. Bienvenue dans les coulisses des chasseurs de pollution. Cet article fait partie de notre grand dossier sur la pollution de l'air.

Où voir la carte de la pollution en France aujourd'hui ?

Vous cherchez simplement la carte du jour ? Voici où la trouver, avant d'entrer dans les coulisses.

  • Pour toute la France : le site d'Atmo France rassemble les indices de qualité de l'air de toutes les régions, commune par commune.
  • Pour votre région : chaque association agréée publie sa propre carte détaillée et ses prévisions, par exemple Airparif en Île-de-France ou AtmoSud en Provence-Alpes-Côte d'Azur.
  • En cas d'épisode de pollution : les alertes officielles sont diffusées par la préfecture de votre département.

Comment lire la carte ? Chaque couleur correspond à un niveau de l'indice ATMO, du bleu-vert pour « bon » au violet pour « extrêmement mauvais ». En cliquant sur une commune, vous voyez généralement le détail par polluant : particules PM2,5 et PM10, dioxyde d'azote, ozone et dioxyde de soufre. Chaque concentration est convertie en sous-indice : c'est le sous-indice le plus défavorable qui détermine la couleur, et non la concentration brute la plus élevée. Pensez aussi à regarder la prévision du lendemain, disponible sur la plupart des cartes.

Des stations aux quatre coins du pays

En France, la surveillance de l'air est confiée à un réseau d'associations agréées de surveillance de la qualité de l'air, une par région, comme Airparif en Île-de-France ou AtmoSud en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Elles sont fédérées au sein d'Atmo France.

Leurs stations ne sont pas placées au hasard. Chaque type d'emplacement répond à une question précise :

  • les stations de trafic, au bord des grands axes, mesurent ce que respirent les piétons et les automobilistes ;
  • les stations urbaines de fond, loin des sources directes, mesurent la pollution moyenne à laquelle la population est exposée ;
  • les stations industrielles surveillent les abords des sites sensibles ;
  • les stations rurales suivent la pollution de fond à la campagne, notamment l'ozone.

Une machine pour chaque polluant

À l'intérieur d'une station, c'est un véritable laboratoire miniature. Chaque polluant a son instrument et sa technique.

Les particules sont souvent mesurées par des appareils qui aspirent l'air, en séparent les particules selon leur taille, puis les pèsent en continu. Certains utilisent une microbalance ultra-sensible, d'autres mesurent comment les particules atténuent un faisceau de rayonnement. C'est précisément le sujet de notre dossier consacré aux particules fines.

L'ozone est mesuré grâce à la lumière. Il a la propriété d'absorber fortement les rayons ultraviolets. En faisant passer un rayon UV à travers un échantillon d'air, l'appareil déduit la quantité d'ozone de la lumière « manquante » à l'arrivée. Sa formation sous le soleil est expliquée pas à pas dans notre article sur la pollution à l'ozone.

Les oxydes d'azote sont détectés par une réaction chimique qui émet une faible lumière, un phénomène appelé chimiluminescence. Plus il y a d'oxydes d'azote, plus la lueur est intense.

Et pour les mesures historiques de toute la poussière de l'air, on utilisait autrefois une autre méthode, plus simple : aspirer, filtrer, peser. On comprend mieux ce choix en découvrant comment les mesures TSP et PM10 se distinguent.

Des mesures aux cartes : le rôle des modèles

Une station mesure l'air à un endroit précis. Mais comment connaître la pollution dans votre rue, où il n'y a aucune station ? C'est là qu'interviennent les modèles informatiques.

Les scientifiques combinent les mesures des stations, les données météorologiques, l'inventaire des émissions (trafic, chauffage, industrie) et la forme des rues et des bâtiments. Les modèles calculent alors comment les polluants se déplacent et se dispersent, et produisent des cartes détaillées, parfois à l'échelle de la rue. Ils servent aussi à établir des prévisions pour le lendemain, comme un bulletin météo de la pollution.

Lire l'indice ATMO

Pour rendre toutes ces données compréhensibles, les associations publient chaque jour l'indice ATMO. Il classe la qualité de l'air en six niveaux, chacun associé à une couleur :

Lire l'indice ATMO
NiveauRang dans l'échelle ATMO
Bon1
Moyen2
Dégradé3
Mauvais4
Très mauvais5
Extrêmement mauvais6

L'indice est calculé à partir de cinq polluants : les particules PM2,5 et PM10, le dioxyde d'azote, l'ozone et le dioxyde de soufre. C'est le polluant le plus mal classé qui détermine l'indice de la journée. Il ne s'agit pas d'une moyenne. L'indice décrit la pollution de fond à l'échelle communale ou intercommunale ; il ne représente pas chaque rue ni l'exposition personnelle. Les recommandations sanitaires dépendent du polluant et de la vulnérabilité, pas seulement d'une couleur. Attention : l'indice ATMO est un outil d'information du public. Il ne déclenche pas à lui seul les procédures préfectorales en cas de pic, qui reposent sur des seuils réglementaires distincts. L'air peut donc être qualifié de « mauvais » sans qu'une alerte officielle soit lancée.

Et l'AQI, c'est quoi ?

Le sigle AQI signifie Air Quality Index et peut désigner plusieurs systèmes nationaux. Pour l'AQI américain présenté par AirNow, la classe « bonne » va de 0 à 50 inclus, et les valeurs supérieures à 300 relèvent de la classe dangereuse. Avant de comparer deux applications, vérifiez le système utilisé : ses seuils et ses durées de calcul peuvent différer de ceux de l'indice ATMO français.

Les micro-capteurs : tous chasseurs de pollution ?

Depuis quelques années, de petits capteurs de particules sont vendus au grand public pour quelques dizaines d'euros. Ils fonctionnent généralement avec un laser : les particules qui traversent le faisceau diffusent la lumière, et le capteur les compte.

Ces appareils sont utiles pour repérer des tendances, comparer l'air de son salon avant et après avoir cuisiné, ou sensibiliser. Mais ils sont moins précis que les instruments officiels : l'humidité de l'air, par exemple, peut fausser leurs mesures. Ils complètent donc la surveillance officielle sans la remplacer.

Où consulter la qualité de l'air près de chez vous ?

  • sur le site de l'association agréée de votre région ;
  • sur le site d'Atmo France, qui rassemble les indices de tout le pays ;
  • dans les applications météo ou dédiées qui reprennent ces données ;
  • via les alertes diffusées par les préfectures lors des épisodes de pollution. Les seuils et les mesures prises sont expliqués dans notre article sur les pics et alertes pollution.

Voir l'invisible

Une carte rassemble des mesures et des estimations, à une échelle et pour une période précises. Pour s'en servir, trois vérifications sont utiles : la date, le polluant qui détermine l'indice et les recommandations locales. Un micro-capteur domestique apporte une observation complémentaire, sans transformer une mesure isolée en diagnostic sanitaire.

Pour approfondir

Sources et références

Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.

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