
Iguanodon : l’un des premiers dinosaures reconstitués et l’un des plus corrigés
Au début du XIXe siècle, quelques dents fossiles suffisent à ouvrir une porte sur un monde inconnu. Elles ressemblent à celles d’un iguane, mais elles sont beaucoup plus grandes. De cette comparaison naît Iguanodon, l’un des premiers dinosaures jamais décrits par la science, et le héros d’un véritable feuilleton de corrections.
Iguanodon : époque, lieux et taille
Iguanodon vivait au Crétacé inférieur en Europe. Pour l’espèce Iguanodon bernissartensis, l’Institut des Sciences naturelles situe les fossiles vers 126 à 122 millions d’années. Des fossiles célèbres ont été découverts en Belgique et au Royaume-Uni. L’animal pouvait atteindre environ 10 mètres de long et plusieurs tonnes.
Herbivore, il combinait un bec à l’avant de la bouche et des dents jugales adaptées au traitement des plantes, comme le présente le Natural History Museum. Son nom évoque les dents d’iguane qui ont servi de point de départ, comme le raconte les noms de dinosaures.
Source : Institut des Sciences naturelles, Iguanodon bernissartensis.
Le pouce qui avait été placé sur le nez
Son anatomie a longtemps été mal comprise. Au XIXe siècle, son pouce conique fut d’abord placé sur le museau comme une corne. Lorsque des squelettes plus complets ont été découverts, notamment à Bernissart en Belgique, il est devenu clair que cette pointe appartenait à la main.
Cette pointe a pu servir à la défense, mais d’autres fonctions restent possibles. Une erreur corrigée par de meilleurs fossiles devient ici une leçon sur le fonctionnement de la science : on ne se trompe pas parce que la méthode est mauvaise, mais parce que les indices sont encore incomplets.
Source : Institut des Sciences naturelles, les iguanodons avant Bernissart.
Bipède ou quadrupède ? Probablement les deux
Iguanodon pouvait probablement marcher sur quatre pattes et se déplacer sur les membres postérieurs, le tronc plus horizontal que dans les anciens montages en posture de kangourou. Cette souplesse locomotrice montre que les catégories « bipède » et « quadrupède » ne sont pas toujours aussi rigides qu’on l’imagine. La position des mains, des épaules et de la colonne vertébrale a elle aussi été revue au fil des décennies.

Son anatomie suggère un herbivore capable d’alterner différentes postures plutôt qu’un animal figé dans une seule démarche. Les membres antérieurs robustes, les doigts spécialisés et les dents adaptées à la mastication montrent un dinosaure beaucoup plus complexe que les premières reconstitutions. Comme Triceratops, autre grand herbivore du Crétacé, il invite à se méfier des catégories trop rigides.
Source : Institut des Sciences naturelles, histoire des montages et de la posture.
Un « tiroir » taxonomique
Le destin scientifique d’Iguanodon est presque aussi intéressant que l’animal. Le nom a servi de véritable « tiroir » où furent rangés des fossiles appartenant en réalité à plusieurs dinosaures différents. Des révisions ont ensuite séparé certains fossiles : le petit iguanodon autrefois appelé Iguanodon mantelli à Bernissart est désormais présenté comme Mantellisaurus atherfieldensis par l’Institut des Sciences naturelles.
La classification n’est pas un catalogue immuable : c’est une hypothèse sur les relations de parenté. Elle évolue avec les fossiles et les méthodes d’analyse, ce qui relie l’histoire d’Iguanodon à l’évolution réelle des ornithopodes.
Une leçon de science
Le pouce au mauvais endroit, la posture redressée, le genre redéfini : chaque correction montre une science qui accepte de se réviser. Il en va de même pour Spinosaurus, dont l’allure a changé avec de nouveaux fossiles, ou pour les plaques de Stegosaurus, que l’on a fini par redresser.
Les représentations populaires vieillissent parfois plus vite que les fossiles : une posture, une taille ou un revêtement corporel peuvent être corrigés lorsque de nouveaux spécimens sont découverts. En paléontologie, scanner des os, modéliser les articulations en trois dimensions ou comparer la microstructure des tissus fossiles permet de tester des questions autrefois inaccessibles. La prochaine avancée peut venir d’un nouveau fossile, mais aussi d’une nouvelle façon d’examiner un spécimen connu depuis longtemps.
Pourquoi Iguanodon compte encore
Revenons à ces dents trouvées au XIXe siècle. Iguanodon raconte deux histoires à la fois : celle d’un grand herbivore du Crétacé et celle de la paléontologie elle-même, qui apprend à corriger ses propres erreurs à mesure que de nouveaux fossiles et de nouvelles méthodes deviennent disponibles. Pour le replacer dans l’ensemble, consultez notre dossier sur les dinosaures.
Source : Hayashi et al. (2012), exemple d’étude histologique et tomographique de fossiles.
Dans le même dossier
- Triceratops : trois cornes, une collerette et une vie au bord de l’extinction
- Stégosaure : à quoi servaient vraiment ses plaques et sa queue à pointes ?
- Dinosaures : espèces, modes de vie et évolution d’un monde disparu
- Noms de dinosaures : comment les espèces sont-elles baptisées ?
- Spinosaure : le dinosaure semi-aquatique qui a bouleversé les reconstructions
- Fossiles de dinosaures : comment les date-t-on et les reconstitue-t-on ?
Sources et références
- Natural History Museum (Londres), « Iguanodon », Dino Directory
- Natural History Museum (Londres), « Dino Directory »
- Institut des Sciences naturelles, Iguanodon bernissartensis
- Institut des Sciences naturelles, les iguanodons avant Bernissart
- Institut des Sciences naturelles, histoire des montages et de la posture
- Hayashi et al. (2012), exemple d’étude histologique et tomographique de fossiles
Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.




