La mascotte vaquita de LesPreuves observe un astéroïde lumineux traversant le ciel au-dessus d’un paysage préhistorique.
L’illustration symbolise l’impact ; les mécanismes de l’extinction sont établis par les roches, les fossiles et les modèles climatiques.Crédit : LesPreuves.

Extinction des dinosaures : l’astéroïde, le volcanisme et les survivants

6 min de lecture

Il y a 66 millions d’années, Triceratops et Tyrannosaurus vivent encore en Amérique du Nord. Puis un astéroïde frappe l’actuelle péninsule du Yucatán et creuse le cratère de Chicxulub. À l’échelle géologique, les dinosaures non aviens disparaissent brutalement. Pas tous les dinosaures pourtant : les oiseaux traversent la crise, et l’un de leurs descendants pourrait se poser aujourd’hui sur votre balcon.

Une crise autour de 66 millions d’années

La limite entre le Crétacé et le Paléogène, dite K-Pg, est datée d’environ 66 millions d’années. Les traces de l’impact et la rupture du registre fossile coïncident à cette échelle. Des datations de haute précision placent l’impact de Chicxulub autour de 66,04 millions d’années, avec une marge d’incertitude de quelques dizaines de milliers d’années.

Des documents anciens indiquent parfois 65 millions d’années. Ce n’est pas la marque d’un second événement : les échelles géologiques ont été affinées. Pour garder un repère cohérent avec les travaux actuels et avec le dossier sur les dinosaures, cette page retient 66 millions d’années.

Chicxulub, cause principale presque certaine

Une synthèse publiée en 2022 dans Nature Reviews Earth & Environment conclut que l’impact de Chicxulub fut presque certainement la cause principale de l’extinction K-Pg. Le cratère mesure environ 200 kilomètres de diamètre. Les roches et les matériaux éjectés ont transporté poussières, suies et aérosols sulfatés autour de la planète en quelques heures.

Le mécanisme central n’est pas le souffle initial à l’échelle mondiale, mais l’hiver d’impact. La lumière solaire diminue, la température chute et la photosynthèse s’effondre. La synthèse estime que l’obscurité et le froid ont persisté environ une décennie, accompagnés de perturbations chimiques des océans. Quand la base des chaînes alimentaires cède, la crise traverse les continents et les mers.

Les modèles climatiques de Chiarenza et ses collègues reproduisent une disparition mondiale des habitats favorables aux dinosaures avec les scénarios d’impact. Les scénarios de volcanisme du Deccan testés ne produisent pas, à eux seuls, un état d’extinction comparable. Ce résultat ne transforme pas un modèle en photographie du passé, mais il renforce l’explication déjà portée par la géologie du cratère et la couche riche en iridium.

Quel rôle pour les volcans du Deccan ?

D’immenses éruptions avaient lieu dans l’actuelle Inde avant, pendant et après la limite K-Pg. Elles ont libéré du dioxyde de carbone, du dioxyde de soufre et d’autres composés capables de modifier le climat. Leur présence au même moment explique pourquoi leur rôle a longtemps été placé face à celui de l’astéroïde.

Les données réunies par Hull et ses collègues indiquent toutefois que la principale phase de dégazage volcanique avait commencé et s’était terminée avant l’impact, tandis que l’extinction coïncide avec Chicxulub. Une étude de Renne et ses collègues a identifié un changement du rythme des éruptions près de la limite K-Pg, possiblement favorisé par l’impact. Cela documente une interaction temporelle ; cela ne prouve pas que le volcanisme fut un second coupable de poids égal.

La formulation la plus fidèle aux preuves actuelles est donc asymétrique : l’astéroïde constitue le moteur principal presque certain de l’extinction ; le volcanisme a modifié le climat autour de la crise et a pu influencer le stress préalable ou la récupération, avec une ampleur encore discutée.

Qui a disparu ?

Tous les dinosaures non aviens disparaissent du registre fossile après la limite K-Pg. Cela comprend les grands herbivores comme Triceratops et les prédateurs comme Tyrannosaurus rex. Dans les mers, les mosasaures et les plésiosaures s’éteignent également, bien qu’ils ne soient pas des dinosaures, comme l’explique la page sur les reptiles marins.

La crise élimine aussi de nombreuses espèces de plancton, d’ammonites, de plantes et d’autres organismes. Toutes les lignées ne réagissent pas de la même façon : la taille du corps, le régime alimentaire, le milieu de vie et la capacité à traverser une longue pénurie ont probablement compté, sans fournir une règle unique valable pour chaque survivant.

Les oiseaux : des dinosaures qui ont survécu

Les oiseaux sont les seuls dinosaures à avoir franchi la crise jusqu’à aujourd’hui. Cette phrase ne signifie pas qu’un Tyrannosaurus s’est transformé directement en moineau. Les oiseaux appartiennent à une branche de dinosaures théropodes dont l’origine est bien antérieure à l’impact, comme le montrent Archaeopteryx et d’autres fossiles à plumes.

D’autres groupes ont aussi traversé la limite : crocodiliens, tortues, lézards, serpents, amphibiens et mammifères. Les survivants n’étaient pas tous identiques, mais beaucoup pouvaient exploiter plusieurs ressources, vivre dans l’eau douce, se cacher ou supporter des périodes de pénurie. Ces pistes sont plausibles ; le registre fossile ne permet pas d’attribuer le succès de chaque lignée à une seule adaptation.

Après l’impact, un monde réorganisé

Les mammifères existaient déjà aux côtés des dinosaures non aviens. Après l’extinction, ils se diversifient dans des milieux libérés de nombreux concurrents et prédateurs. Les oiseaux connaissent eux aussi une radiation importante. Une catastrophe ne programme pourtant pas ses gagnants : elle supprime des lignées, puis les survivants se diversifient dans les écosystèmes recomposés.

Le débat scientifique porte aujourd’hui moins sur l’existence de l’impact que sur le détail de ses mécanismes, la part des suies, des poussières et des sulfates, les différences entre milieux, ainsi que le rôle exact du volcanisme avant et après la crise. Les marges restent utiles, mais elles ne remettent pas tous les scénarios sur le même plan.

Un dinosaure sur le balcon

Revenons à l’oiseau du début. Sa présence rappelle que l’expression « extinction des dinosaures » est pratique mais incomplète. Les dinosaures non aviens ont disparu ; les dinosaures aviens ont survécu. Cette nuance change le récit : la crise de Chicxulub ferme un monde, sans effacer toute son histoire évolutive.

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Sources et références

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