La vaquita examine une sonde de pH plongée dans un récipient d’eau près de l’océan.
Illustration : LesPreuves. Scène pédagogique symbolique, sans valeur de mesure scientifique.Crédit : LesPreuves.

Comment le CO₂ fait-il baisser le pH de l’eau de mer ?

6 min de lecture

Ajouter du CO₂ à l’eau de mer peut augmenter son carbone dissous tout en réduisant la disponibilité des ions carbonate. Le paradoxe disparaît dès que l’on regarde les réactions chimiques : le carbone se répartit entre plusieurs formes, dont les proportions changent. C’est cette redistribution, accompagnée d’une baisse du pH, qui explique l’acidification des océans liée à l’absorption de CO₂ atmosphérique. [1, 2]

Le phénomène ne demande pas que l’eau devienne acide au sens courant. Il suffit que son pH diminue. Pour suivre le raisonnement, trois distinctions sont utiles : carbone total et formes du carbone, acidité et valeur du pH, puis pH et capacité tampon. Ces notions décrivent des aspects différents d’une même eau.

Le gaz dissous entre dans un système de réactions

À la surface de l’océan, du CO₂ peut passer de l’air vers l’eau ou effectuer le trajet inverse. L’augmentation de sa présence dans l’atmosphère favorise son absorption et modifie les équilibres chimiques des eaux de surface. Une fois dans l’eau, une partie du CO₂ réagit pour former de l’acide carbonique, qui peut se dissocier en bicarbonate et en ions hydrogène. [1]

Un ion est un atome ou un groupe d’atomes portant une charge électrique. Ici, la notation H⁺ désigne les ions hydrogène utilisés dans la description de l’acidité. Quand leur activité augmente, le pH baisse. Une présentation simplifiée du mécanisme consiste donc à suivre la chaîne suivante : davantage de CO₂ dissous, modification des équilibres, davantage d’ions hydrogène disponibles.

Ces réactions sont réversibles. L’eau contient simultanément plusieurs formes du carbone inorganique : du CO₂ dissous, du bicarbonate et du carbonate. Le mot « équilibre » ne signifie pas que le milieu ne change jamais ; il décrit la répartition qui s’établit entre des réactions opposées dans certaines conditions.

La température, la salinité et la composition de l’eau influencent cette répartition. Deux échantillons recevant une même modification de CO₂ ne doivent donc pas être supposés identiques sans examiner leurs autres caractéristiques. C’est pourquoi les océanographes mesurent plusieurs paramètres plutôt que de déduire toute la chimie d’une seule quantité. [1]

Une petite variation de pH peut compter

Le pH est une échelle logarithmique. Une baisse d’une unité correspond à une multiplication par dix de l’activité des ions hydrogène, lorsque l’on compare des valeurs sur une même échelle. Une baisse de 0,1 unité correspond à un facteur d’environ 1,26. Le changement se calcule avec une puissance de dix, et non comme un simple pourcentage du nombre affiché. [5]

Prenons un exemple purement illustratif : passer d’un pH de 8,2 à 8,1 ne représente pas une augmentation d’acidité de 0,1 %, ni une baisse de 30 % du pH. À conditions et échelle comparables, cela correspond à une activité des ions hydrogène environ 26 % plus élevée. Ce calcul explique comment une différence apparemment modeste peut traduire un changement chimique sensible.

L’exemple n’est pas une mesure nouvelle de l’océan mondial. Une valeur réelle doit être accompagnée de son lieu, de sa profondeur, de sa date et des conventions de mesure. Les instruments et les protocoles permettent justement de rendre les comparaisons interprétables. Mélanger des chiffres issus de contextes différents créerait une précision trompeuse.

Pourquoi les ions carbonate diminuent

Les ions hydrogène supplémentaires peuvent réagir avec les ions carbonate pour former du bicarbonate. Cette réaction contribue à limiter la variation du pH, mais elle modifie la disponibilité du carbonate. On peut donc avoir davantage de carbone inorganique dissous au total et moins de l’une de ses formes particulières. [1]

Les organismes calcifiants utilisent du calcium et du carbonate pour former certaines coquilles ou certains squelettes. La diminution de la disponibilité du carbonate peut rendre ces processus plus difficiles. Elle influence également les conditions dans lesquelles les minéraux peuvent se maintenir. Les conséquences biologiques dépendent ensuite des espèces et de leur environnement. [2]

Il serait pourtant inexact de décrire tous les organismes comme des morceaux de craie plongés dans un liquide. Ils régulent certains processus, consacrent de l’énergie à leur fonctionnement et traversent différents stades de développement. La chimie fournit le contexte d’exposition ; elle ne donne pas, à elle seule, une prévision universelle de survie ou de croissance.

Le pH et l’alcalinité ne sont pas synonymes

Le pH indique un état d’acidité. L’alcalinité totale renseigne sur la capacité chimique de l’eau à neutraliser des apports acides, à travers l’ensemble des espèces qui contribuent à cette propriété. Un milieu possédant une capacité tampon peut résister partiellement à une perturbation sans rester parfaitement inchangé. [1]

Cette distinction est importante pour comprendre pourquoi l’océan ne réagit pas comme de l’eau pure. Les bicarbonates et les carbonates participent à son système tampon. Toutefois, la présence de ce système n’empêche pas une baisse du pH lorsque l’équilibre est durablement déplacé par l’absorption de CO₂.

La NOAA présente quatre paramètres centraux : pH, pression partielle de CO₂, carbone inorganique dissous et alcalinité totale. Dans un cadre de calcul approprié, la mesure de deux de ces paramètres, accompagnée notamment des conditions physiques nécessaires, permet de déterminer les autres. Une mesure de pH reste utile, mais elle ne raconte pas toute l’histoire du carbone dans l’eau. [1]

De l’expérience aux mesures en mer

La façon de préparer une eau expérimentale compte également. Une étude publiée en septembre 2026 sur une microalgue a utilisé plusieurs régimes de CO₂ pour comparer des changements brusques et progressifs. Les chercheurs ont mesuré le pH et l’alcalinité, puis calculé d’autres paramètres du système des carbonates. Ce suivi permet de relier un traitement annoncé à la chimie effectivement rencontrée par les cellules. [3]

En mer, le cadre est moins contrôlé. Les programmes de surveillance combinent prélèvements, campagnes océanographiques et instruments autonomes pour suivre des variations dans l’espace et le temps. Des mesures biologiques et physiques peuvent accompagner celles de la chimie afin de mieux comprendre les processus observés. [4]

Une baisse ponctuelle de pH peut ainsi demander une explication locale, tandis qu’une tendance sur plusieurs années appelle une analyse de long terme. La photosynthèse et la respiration interviennent, de même que le mélange des eaux. La rigueur consiste à distinguer ces échelles, sans opposer artificiellement variabilité naturelle et changement de fond.

Le CO₂ fait donc baisser le pH en déplaçant un ensemble d’équilibres chimiques. Le carbonate devient moins disponible, le bicarbonate occupe une place différente et l’activité des ions hydrogène augmente. Derrière un petit nombre sur un capteur se trouvent plusieurs transformations qu’il faut examiner ensemble pour comprendre l’exposition du vivant.

Note de calcul

Le facteur 1,26 de l’exemple est calculé comme 10 puissance 0,1 ; il illustre l’échelle logarithmique et ne constitue pas une observation océanographique.

Dans le même dossier

Sources et références

Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.

Signaler une erreur

À lire aussi

Tous les articles

Vous choisissez si LesPreuves peut utiliser Google Analytics. Refuser la mesure d’audience ne limite pas l’accès aux articles.

En savoir plus sur la mesure d’audience