La vaquita compare deux unités de pompe à chaleur près d’une maquette de maison et d’un mètre ruban.
Illustration du dossier LesPreuves sur les pompes à chaleur.Crédit : Illustration LesPreuves

Dimensionner une pompe à chaleur : la surface ne dit pas toute la puissance

7 min de lecture

Sur deux plans de maison identiques, le chiffre « 100 m² » est le même. Pourtant, l'une peut perdre beaucoup plus de chaleur que l'autre si son toit est peu isolé, si son air se renouvelle davantage ou si elle se trouve dans un climat plus froid. Choisir une PAC sur la surface seule revient à oublier ce qu'elle doit compenser.

Le dimensionnement établit une rencontre entre deux courbes : les besoins du logement et la puissance disponible de la machine. Cette rencontre évolue avec la température extérieure. Le guide de sélection de Ressources naturelles Canada place précisément les charges du bâtiment et le climat au centre de la démarche. [S06]

Une puissance répond à une perte de chaleur instantanée

Les pertes de chaleur représentent la chaleur qui quitte le bâtiment. Elles traversent les parois et accompagnent le renouvellement d'air. Pour maintenir une température intérieure stable, le chauffage doit compenser les pertes nettes après les apports éventuels.

La puissance s'exprime en kilowatts. L'énergie, elle, s'accumule au fil du temps et s'exprime en kilowattheures. Une demande de 6 kW maintenue pendant trois heures représente 18 kWh. Confondre les deux peut conduire à choisir une puissance à partir d'une facture annuelle sans examiner les jours les plus froids.

Un calcul des pertes doit identifier les surfaces, les caractéristiques thermiques, la ventilation et les températures de référence. Il peut être complété par une analyse des consommations historiques, en tenant compte de la météo et des habitudes de chauffage. Les deux approches ne fournissent pas exactement la même information : l'une décrit le bâtiment, l'autre observe son usage.

Un exemple rend visible le rôle du climat

Adoptons un coefficient global de pertes pédagogique de 200 W par degré d'écart entre intérieur et extérieur. Ce coefficient rassemble ici les pertes du bâtiment ; il ne constitue pas une valeur de référence pour une maison donnée.

À 20 °C dedans et 0 °C dehors, l'écart vaut 20 degrés, soit 200 × 20 = 4 000 W de demande avant apports. À −10 °C dehors, l'écart atteint 30 degrés et la demande passe à 6 000 W. La surface n'a pas changé. La température, oui.

Réduire ce coefficient à 150 W par degré ferait passer la demande à −10 °C à 4 500 W. L'exemple illustre l'effet d'une baisse des pertes, sans prescrire une puissance de PAC. Le calcul final doit utiliser la température de base appropriée au lieu et la méthode retenue par le professionnel. [S04]

La puissance de la PAC change elle aussi

Une PAC air-eau travaille avec une source dont la température varie. Sa puissance à une condition douce n'est pas forcément disponible à la température de calcul, surtout pour une eau de chauffage plus chaude. Il faut regarder la courbe du modèle et les conditions de mesure.

Pour l'air-eau, les couples de températures de type A−7/W35 ou A−7/W55 renseignent sur des situations différentes. Le besoin de 6 kW dans un bâtiment ne se confronte pas sérieusement au seul nom commercial « 6 kW » si celui-ci correspond à une autre condition. [S09]

Sur un graphique, les courbes de besoin et de puissance de la PAC peuvent se croiser. En dessous de cette température, l’appoint peut fournir ce qui manque : c’est le point de bivalence dans cet exemple. Le réglage réel peut retenir un autre seuil. Le choix dépend de la couverture recherchée, du coût, du raccordement électrique et des périodes concernées. Un appoint prévu et correctement comptabilisé est différent d'un appoint imprévu devenu fréquent.

Le graphique suivant reprend le besoin choisi de 200 W par degré. Pour rendre le croisement visible, il lui oppose une capacité de PAC fictive : 4 kW à 0 °C, 3 kW à −10 °C. Les courbes se croisent ici à 0 °C. Cette valeur a été choisie pour expliquer le principe ; seul le modèle réel et son étude permettent de fixer votre point de bivalence.

Exemple fictif : besoin 6 kW à −10 °C et 4 kW à 0 °C ; capacité PAC 3 kW à −10 °C et 4 kW à 0 °C. Croisement à 0 °C, appoint nécessaire pour la différence dans ce modèle.
Illustration, aucune courbe constructeur : besoin = 0,2 × (20 − T extérieure) ; capacité fictive = 4 + 0,1 × T extérieure. Le croisement réel et les réglages dépendent de l’étude et du modèle.Crédit : Graphique LesPreuves

Trop de puissance peut gêner par temps doux

La puissance maximale rassure pendant le froid. La puissance minimale compte quand le bâtiment demande peu de chaleur. Si la machine ne peut pas descendre assez bas, elle peut alterner marche et arrêt pour suivre une faible demande.

Ces cycles ne se diagnostiquent pas avec un seuil universel de démarrages. Ils dépendent de la conception, de la régulation et du volume disponible. Une machine à vitesse variable élargit sa plage de puissance, mais elle conserve une limite basse. Choisir « plus gros pour être tranquille » peut donc déplacer le problème vers la majorité des heures douces.

Les observations de fonctionnement du projet WP-QS de Fraunhofer ISE ont relevé des possibilités d'amélioration liées notamment au surdimensionnement et aux fréquences de commutation. Le constat concerne les installations observées et souligne l'intérêt du réglage autant que de la sélection du matériel. [S03]

Les radiateurs fixent la température à fournir

Le dimensionnement de la PAC ne peut pas être séparé de celui des radiateurs ou du plancher. Une pièce qui exige une eau plus chaude peut imposer cette température au générateur, même si les autres pièces disposent d'émetteurs plus généreux.

L'adaptation des radiateurs et de la température d'eau permet de résoudre ce point sans relever automatiquement la consigne de toute l'installation. Un remplacement ciblé d'émetteur peut avoir plus de sens qu'une machine choisie pour délivrer constamment une eau très chaude.

Le réseau a aussi besoin d'un débit et d'un volume compatibles avec le modèle. Si plusieurs vannes se ferment, le schéma doit préserver les conditions nécessaires. Un ballon tampon doit répondre à une fonction documentée ; son ajout ne compense pas par magie une mauvaise puissance ou un mauvais réglage. [S18]

Prévoir aussi la pose

L'emplacement extérieur demande une circulation d'air, une évacuation des eaux et une prise en compte acoustique. Une unité enfermée entre des obstacles ne travaille pas dans les mêmes conditions qu'une machine disposant des dégagements prescrits.

La liaison au tableau électrique doit être conçue pour les équipements réellement utilisés, notamment l'appoint. En air-air, les chemins de soufflage et les éventuelles gaines ajoutent leur propre dimensionnement. En géothermie, le captage doit supporter la puissance et l'énergie demandées dans la durée. [S06]

Avant de retenir un devis, demandez les pertes calculées, la température extérieure de base, la température d'eau, la puissance disponible au point retenu et la logique d'appoint. Ajoutez la plage de modulation et le plan du circuit d’eau ou du réseau d’air. Ces documents sont plus utiles qu'une règle de watts par mètre carré sans contexte.

Le projet de pompe à chaleur devrait donc laisser deux questions faciles à vérifier : couvre-t-elle les jours froids, et sait-elle réduire sa puissance pendant les jours doux ? Une machine plus grosse n’est pas forcément une meilleure réponse. Les courbes du modèle et le calcul des pertes permettent de trancher.

Dans le même dossier

Sources et références

Retrouvez les ressources utilisées pour cette fiche et prolongez votre lecture.

Signaler une erreur

À lire aussi

Tous les articles

Vous choisissez si LesPreuves peut utiliser Google Analytics. Refuser la mesure d’audience ne limite pas l’accès aux articles.

En savoir plus sur la mesure d’audience