La vaquita examine une pomme de pin noircie au bord d’une forêt touchée par le feu.
La vaquita examine une pomme de pin noircie au bord d’une forêt touchée par le feu. Illustration symbolique, sans valeur de photographie de terrain.Crédit : Illustration : LesPreuves, créée avec l’aide de l’IA.

98 000 hectares brûlés en 2026 : pourquoi la comparaison avec 1976 demande de la prudence

6 min de lecture

Environ 98 000 hectares brûlés : le bilan communiqué par l’Office national des forêts le 24 septembre 2026, rapporté par l’AFP, mesure l’ampleur des incendies dans l’Hexagone. Mais ce total ne correspond pas à 98 000 hectares de forêt. Il rassemble aussi des surfaces agricoles et des espaces naturels. Cette différence change la manière de lire le chiffre, et surtout de le comparer à celui de 1976.

L’année est sévère. Il n’est pas nécessaire de lui attribuer un record mal établi pour l’expliquer. Entre une estimation provisoire, une surface forestière et un total réunissant plusieurs milieux, les catégories doivent rester visibles. Le bilan des feux s’inscrit dans la même actualité que la crise de l’eau sur la Garonne, sans constituer pour autant un indicateur interchangeable avec les restrictions d’eau.

Ce que contient le chiffre de 98 000 hectares

Dans la dépêche reprise par L’Est Républicain, la part strictement forestière est évaluée à environ 76 000 hectares. La différence avec le total annoncé est de 22 000 hectares, par simple soustraction. Il s’agit d’un ordre de grandeur calculé à partir de deux nombres arrondis, et non d’une nouvelle mesure indépendante.

Un hectare représente 10 000 mètres carrés. Les 98 000 hectares correspondent donc à environ 980 kilomètres carrés, tandis que la composante forestière représente environ 760 kilomètres carrés. Ces conversions aident à comprendre l’échelle ; elles ne renseignent ni sur la répartition des sinistres ni sur leur intensité.

Deux incendies de même surface peuvent toucher des milieux différents. Une addition nationale ne décrit pas, à elle seule, les habitats affectés, les bâtiments exposés ou les conditions de retour de la végétation. La première lecture utile consiste donc à demander ce qui a été compté, sur quel territoire et à quelle date.

Pourquoi 1976 ne peut pas être déclaré dépassé

La reprise AFP consultée indique que le record de surface forestière demeure, à ce stade, celui de 1976, avec au moins 80 000 hectares. Le bilan forestier de 76 000 hectares annoncé pour 2026 reste inférieur à ce repère. Comparer les 98 000 hectares de l’ensemble des milieux aux seuls hectares forestiers de 1976 conduirait à comparer deux périmètres différents.

La même dépêche comporte une formulation évoquant une année record, puis précise que le record de 1976 tient encore. Face à cette tension rédactionnelle, la lecture prudente consiste à conserver les catégories et les chiffres, sans reprendre une conclusion plus forte qu’eux. Un niveau parmi les plus élevés ne signifie pas nécessairement un maximum absolu.

Pour établir un classement historique robuste, il faudrait une série homogène : mêmes territoires, mêmes types de surfaces, même méthode et même stade de consolidation. Les changements de définition ne sont pas un détail de présentation. Ils peuvent modifier le résultat de la comparaison.

Un bilan encore provisoire

L’ONF précise, selon cette dépêche, que le bilan doit être affiné dans les semaines suivantes. La date de communication fait donc partie de l’information. Le chiffre décrit un état des connaissances annoncé le 24 septembre ; il ne doit pas être présenté comme un total annuel définitif arrêté au 31 décembre.

Une révision ultérieure pourrait modifier les surfaces ou leur ventilation. Cela n’autorise ni à anticiper une hausse, ni à annoncer une baisse. La bonne pratique consiste à conserver la date de référence et à expliquer ce qui change lors d’une mise à jour, plutôt qu’à juxtaposer des nombres issus de moments différents comme s’ils mesuraient exactement la même chose.

Le mot « provisoire » ne rend pas le bilan négligeable. Il décrit son statut. À l’inverse, la gravité de l’année ne dispense pas de préciser ce statut : un chiffre impressionnant réclame autant de méthode qu’un chiffre ordinaire.

Chaleur, végétation sèche et propagation du feu

Météo-France explique que la propagation et l’intensité des incendies dépendent notamment de la température, de l’absence de pluie, de l’humidité de l’air, du vent et de l’état de la végétation. Une plante qui perd de l’eau devient plus sensible au feu. Le changement climatique renforce ainsi le danger météorologique en favorisant le dessèchement.

Cette relation physique éclaire le risque de feux en fin de septembre. Elle ne permet pas d’attribuer chaque départ de feu à une seule cause, ni de calculer quelle fraction des 98 000 hectares serait imputable au réchauffement. L’origine d’un départ, les conditions de propagation et la surface finale constituent trois questions distinctes.

Les restrictions d’eau en Haute-Garonne répondent, pour leur part, à une situation de ressource et à des règles de gestion. Une carte des restrictions ne vaut pas carte du danger d’incendie. Les deux peuvent partager un contexte sec, sans coïncider commune par commune.

Une année ne suffit pas à prévoir toutes les suivantes

Le bilan de 2026 ne permet pas d’affirmer que la même surface brûlera désormais chaque été. Une année additionne des événements singuliers, avec leur météo, leurs lieux de départ et leurs conditions de lutte. Extrapoler directement un total annuel ferait disparaître cette variabilité.

Il existe pourtant un cadre plus large. Dans les projections pour une France réchauffée de 4 °C à l’horizon 2100, Météo-France décrit une extension géographique du danger et un allongement possible de la saison des feux dans certaines régions. Une projection dépend d’un niveau de réchauffement et d’hypothèses ; elle n’est pas la répétition mécanique du bilan de cet été.

Le cumul des canicules, de la sécheresse et des incendies permet de comprendre ces interactions. La question scientifique porte sur les mécanismes et leur évolution, pas seulement sur la place d’une année dans un palmarès.

Après le chiffre, suivre les territoires touchés

Une surface parcourue par le feu ne dit pas à elle seule comment une forêt se reconstituera. Observer une repousse ne suffit pas davantage à conclure que l’écosystème a retrouvé son état antérieur. Le suivi des forêts du Var après un incendie rappelle l’intérêt de distinguer l’apparition de végétation et la restauration des fonctions du milieu.

Les marches pour le climat du 26 septembre ont porté ces inquiétudes dans l’espace public. Pour suivre les réponses apportées, mieux vaut garder plusieurs repères : le bilan consolidé des surfaces, les conditions de prévention, les moyens engagés et l’évolution des zones sinistrées. Le chiffre de 98 000 hectares constitue un point de départ sérieux, à condition de ne pas lui faire dire davantage que ce qu’il mesure.

Sources et références

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